Editorial 54

Le présent Numéro est très largement consacré au changement climatique, thème qui a alimenté le débat public depuis la Conférence de Copenhague, les discussions autour de la taxe carbone et la controverse récente alimentée par les « sceptiques » du réchauffement climatique. Les scientifiques qui ont contribué à ce Numéro, sous la direction de Robert Kandel, se situent en retrait par rapport au débat public : ils visent d’abord à faire le point sur l’état des connaissances dans le domaine qu’ils abordent, tout en soulignant la solidité du dossier du GIEC. Nous renvoyons nos lecteurs à la présentation d’ensemble qu’en fait Robert Kandel en introduction à cet ensemble d’articles.

Michel Rocard nous a fait l’amitié de nous livrer ses réflexions sur la « Décision publique et les grands enjeux de société ». Face au problème majeur du changement climatique - ou d’autres problèmes analogues, tels ceux de santé publique (sang contaminé, vache folle, risque d’exposition aux radiations nucléaires…) ou encore comment rembourser l’énorme dette publique qui menace tant de pays - nous voulions savoir comment l’homme politique, et plus spécifiquement le chef d’État ou de gouvernement et les représentants démocratiquement élus pour légiférer et pour contrôler l’exécutif intègrent les avis exprimés par la communauté scientifique avant de faire les choix que la situation appelle. « Gouverner, c’est choisir » disait Pierre Mendès-France. Michel Rocard en appelle à son expérience pour souligner les difficultés de l’exercice. Les politiques doivent réagir vite en situation incertaine et sous la pression constante des médias. Dans le cas du changement climatique - mais pas seulement dans ce cas-là - la prise de décision politique ne saurait être que mondiale. Et encore sommes-nous là dans le domaine des sciences de la nature, où les conclusions des scientifiques sont fiables et convergentes, même si elles peuvent toujours être améliorées à la lumière de données plus complètes ou précises. Dans le cas de la crise économique et financière que traverse le monde, la situation est encore plus complexe, car les avis des experts scientifiques – venant ici des sciences humaines et sociales - sont beaucoup plus divergents sur les causes et sur les décisions à prendre pour y remédier. Les conseils d’hommes d’Etat comme Michel Rocard, avec leur sagesse « d’aînés » éclairés par l’expérience, peuvent se révéler des adjuvants précieux aux solutions trouvées dans l’urgence de l’action par les politiciens au pouvoir.

Le présent Numéro coïncide avec le 20e anniversaire de notre Association. Fondée en avril 1990 par décision de Philippe François Kourilsky, Directeur général du CNRS à l’époque, le but assigné à l’Association par ses fondateurs était (article 1er de ses statuts) :
- 1. de concourir par tous les moyens utiles, au rayonnement du CNRS et de la recherche publique.
- 2. de contribuer à renforcer les échanges et les liens entre les amis et les anciens du CNRS en France et à l’étranger.

Où en sommes-nous ? Le « Rayonnement du CNRS et de la recherche publique » s’exprime à travers notre revue qui porte ce nom, par notre site Internet « rayonnementducnrs.com » et par d’innombrables conférences, visites et voyages, ces derniers aussi bien en France qu’à l’étranger.

Pour « Renforcer les échanges et les liens entre les amis et les anciens du CNRS en France et à l’étranger », le nombre et l’activité de nos adhérents en France témoignent de notre vitalité dans l’Hexagone. A l’étranger, notre premier «club» a vu le jour en 2009 en Chine et un deuxième est en voie de constitution en 2010 au Brésil.

Il nous reste cependant beaucoup à faire.

Le « Rayonnement du CNRS et de la recherche publique » doit se développer par des actions « d’éveil à la science » auprès de publics scolaires et du grand public, pour faire mieux découvrir les progrès et les possibilités de la science auprès de tous nos contemporains. Nombre de nos adhérents partout en France sont prêts à s’y engager pour peu que notre Association leur en donne l’occasion et quelques moyens. Ce sera l’un des chantiers majeurs de notre Association ces prochaines années.

Nous devons renforcer notre présence en France en invitant ceux qui quittent le CNRS, soit à l’occasion de leur départ à la retraite, soit pour aller travailler ailleurs, à nous rejoindre pour participer à l’action collective de « Rayonnement » et pour bénéficier des avantages qu’offre l’Association - conférences, voyages, publications.

A l’étranger, il est impératif, pour le rayonnement de la science française, de renouer avec les scientifiques étrangers de haut niveau qui ont travaillé en France et occupent souvent des positions éminentes dans leur pays d’origine. Nous devons commencer à le faire en accueillant dans nos foyers et en associant aux activités de notre Association les scientifiques étrangers actuellement accueillis en France, afin qu’ils gardent un bon souvenir de leur séjour parmi nous et maintiennent le contact avec nous après leur retour. Ce seront les meilleurs « ambassadeurs de la science française » et les animateurs tout désignés de nos « clubs » à l’étranger.

Ces actions se mènent nécessairement en concertation étroite avec les délégués régionaux du CNRS dans les régions, avec les chefs de bureau du CNRS à l’étranger et avec la Fondation Alfred Kastler, dont l’objet est de faciliter la venue de scientifiques étrangers en France et de maintenir le contact avec eux à leur retour.

A l’occasion de notre 20e anniversaire, nous invitons tous nos adhérents à participer à la réalisation de ces objectifs. Joyeux anniversaire à tous ! Edmond Arthur Lisle
Président A3 CNRS


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