L’essor de l’Inde
En juin 2005, notre Revue faisait paraître un article sur l’Inde en marche. Trois ans plus tard, la croissance
rapide de ce pays et son influence grandissante dans l’économie mondiale nous incitent à porter une plus
grande attention à ce pays qui figurera parmi les superpuissances du XXIe siècle.
Nous remercions très vivement Christiane Hurtig d’avoir pris la direction de ce numéro sur «L’essor de l’Inde»
Elle avait préfacé avec Serge Hurtig l’article de Suman Modwel «L’éléphant indien se met à galoper» que nous
avions publié dans notre N° 38 de juin 2005.
Elle a réuni, pour ce numéro 47, une équipe exceptionnelle d’experts.
Dans une introduction générale au numéro, Jacques Pouchepadass nous donne un raccourci historique saisissant
de ce pays que Nehru qualifiait de «Paquet de contradictions solidement ficelé par des liens invisibles».
Véronique Dupont nous décrit l’Inde urbaine, qui est de formation récente et ne regroupe encore que 29%
de la population totale du pays, ce qui la place néanmoins au deuxième rang mondial des populations
urbaines avec 350 millions d’habitants, qui contribuent aux trois quarts du Produit intérieur brut. Jean-Joseph
Boillot s’interroge sur deux questions : la croissance indienne peut-elle se diffuser dans tous les états ou bien
les inégalités régionales ne vont-elles pas freiner la croissance globale, et l’équilibre épargne/investissement
autorisera-t-il une croissance forte ? Christophe Jaffrelot décrit l’ascension sociale des Dalits ou «intouchables»,
ou au moins de certains d’entre eux, grâce au système des quotas mais aussi à l’influence du bouddhisme.
Stéphanie Tawa Lama-Rewal aborde la question si méconnue des femmes en Inde, où co-existent deux réalités
: d’une part la pire violence contre les femmes, avec des milliers d’épouses assassinées et 35 millions de
femmes manquantes en Inde, par infanticide ou avortement des foetus féminins, d’autre part l’exceptionnelle
ouverture du monde politique indien aux femmes. Suman Modwel décrit la position de l’Inde face à
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et souligne en même temps ses contradictions : l’hypertrophie
des services, qui n’emploient que 23% de la population mais contribuent pour 54% au PIB, s’opère au détriment
de l’agriculture (19% du PIB mais 60% de la population) qui reste très protégée et subventionnée, alors
qu’on peut imaginer une autre stratégie qui viserait à en faire une grande activité exportatrice. Christiane
Hurtig elle-même est non seulement maître d’oeuvre de l’ensemble du numéro, mais y a également apporté
des contributions essentielles : sur l’économie et l’effort scientifique de l’Inde qui en font une «puissance du
savoir» selon l’Unesco, sur la diversité des castes et les handicaps sociaux, et sur le réchauffement climatique :
l’Inde en paie le prix par le dérèglement du régime des moussons dont dépend si fortement son agriculture,
cependant que l’Inde est devenue le quatrième pollueur mondial. Enfin, Christiane Hurtig a complété ce
numéro par une bibliographie nous invitant à «en savoir plus».
Le CNRS est très présent en Inde par ses laboratoires et sa coopération active dans de nombreux secteurs. Une
note de Jean-François Faure résume l’état actuel de cette coopération et les projets les plus importants.
L’Inde est l’un des pays qui nous envoie le plus grand nombre de scientifiques pour des séjours longs : 193
en 2006, 242 en 2007, selon la Fondation Kastler, se plaçant ainsi en 4e position, après le Brésil, la Chine et
l’Italie.
Notre Rayonnement à l’étranger
Le nombre total de chercheurs étrangers accueillis en France a été de 4 074 en 2006 et de 5 044 en 2007.
L’accueil de scientifiques étrangers de haut niveau est essentiel pour le rayonnement international de la
science française et le CNRS, avec son réseau de laboratoires en France et ses accords de coopération à l’étranger,
joue ici un rôle prépondérant.
La Fondation Kastler, de son côté, a pour mission d’une part de faciliter l’accueil en France de ces chercheurs,
par la simplification des procédures et le principe du « guichet unique » en matière de formalités, d’autre part
d’en assurer le suivi après leur retour dans leur pays d’origine.
Notre Association et la Fondation Kastler – dont le Président est Edouard Brézin, Vice-Président de notre
Association – ont décidé d’unir leurs efforts dans la réalisation de ces deux objectifs.
En matière d’accueil, il est proposé à ceux de nos adhérents qui le souhaiteraient, qu’ils acceptent de « parrainer
» un chercheur étranger pendant son séjour dans notre pays, c’est à dire de l’accueillir chez eux pour
des repas, notamment au moment des fêtes, de l’inviter à des conférences ou visites ou pendant les vacances.
Nous invitons ceux de nos adhérents qui sont prêts à s’engager dans cette action à nous contacter au siège
pour la marche à suivre.
En matière de suivi, notre Association s’efforce de contacter les chercheurs de retour dans leur pays avec l’assistance
des bureaux du CNRS à l’étranger. Il leur est proposé de constituer des « Clubs CNRS » dans leur
pays, avec lesquels notre Association restera en relation par l’envoi de publications, y compris un périodique
électronique, et par l’organisation de manifestations communes, à l’occasion notamment de voyages organisés
dans leur pays.
Nous commencerons par les pays où se trouvent le plus grand nombre d’anciens chercheurs étrangers en
France : Chine, Brésil, Inde, Allemagne et Royaume Uni, sans en exclure d’autres si des opportunités se présentent.
Nous invitons évidemment tous nos adhérents qui ont des contacts dans ces pays à nous aider à les
activer.
Notre Rayonnement ne peut s’arrêter à nos frontières : il doit s’étendre à nos collègues scientifiques étrangers
séjournant en France en les parrainant et en maintenant le contact avec ces mêmes collègues de retour chez
eux, par le biais des «Clubs CNRS».
Edmond Arthur Lisle