Buffon

photo 2007 : tricentenaire de la naissance de BUFFON. Notre Revue et notre Association ont voulu commémorer cet anniversaire en demandant au Professeur Yves LAISSUS, grand spécialiste de BUFFON, de nous préparer l’article que nous publions dans ce numéro. Nous l’en remercions très vivement. Il nous fait revivre ce très grand scientifique et en même temps «honnête homme» de son siècle, celui des «Lumières» : simultanément ou successivement mathématicien, physicien, naturaliste, géologue, minéralogiste, métallurgiste, anthropologue, mais aussi entrepreneur et grand administrateur.

Né en 1707, BUFFON est mort à la veille de la Révolution en 1788. Malgré la perte de territoires en Inde et au Canada, la France est la puissance dominante en Europe en cette deuxième moitié du XVIIIe siècle et BUFFON personnifie ce rayonnement français. Il a beaucoup voyagé, en Suisse, en Italie, en Angleterre. Il maîtrise parfaitement l’anglais et traduit des ouvrages scientifiques, notamment de Newton, dont il partage la démarche expérimentale. Célèbre par son Histoire Naturelle dans toute l’Europe et jusqu’en Amérique (il est membre des Académies de Philadelphie, de Saint- Pétersbourg, de Berlin, de Londres, d’Edimbourg et de Florence), il correspond avec les scientifiques de son temps et avec Frédéric II de Prusse et la Grande Catherine de Russie.


Son goût pour le développement de nouvelles technologies et notamment la métallurgie en fait un maître de forges engagé dans la révolution industrielle à ses débuts. Cette nouvelle métallurgie permettra notamment le développement du canon de Gribeauval, pièce maîtresse des armées de la Révolution et de l’Empire.

BUFFON gère en entrepreneur avisé et agrandit sans cesse son domaine familial de Montbard où il se retire souvent, tout en poursuivant sa grande entreprise à Paris, la direction et l’enrichissement du Jardin du Roy, qui l’occupera depuis sa nomination en 1739 jusqu’à sa mort et qu’il mène parallèlement à la rédaction de son Histoire Naturelle, l’oeuvre de sa vie. Il s’impose par la qualité de ses écrits, dont le succès a suscité de nombreuses jalousies, notamment chez les «Philosophes», en un siècle et une société où les formules assassines faisaient rage : Yves LAISSUS en cite quelques-unes.

La contribution de BUFFON aux progrès de la connaissance est immense, dans de nombreuses disciplines ; et sa méthode, l’observation minutieuse, puis l’expérimentation rigoureusement contrôlée et répétée, pour aboutir à des résultats avérés, est bien la démarche scientifique que nous pratiquons aujourd’hui. Sa recherche l’a conduit à mettre au point de nouveaux instruments d’expérimentation, tels ses «miroirs ardents» et à utiliser le microscope, en voie de perfectionnement à l’époque, pour mieux étudier la reproduction.

Yves LAISSUS rappelle que BUFFON peut être considéré comme l’un des fondateurs de l’anthropologie moderne et cite la conclusion de son Histoire Naturelle de l’homme :

«Il n’y a eu originairement qu’une seule espèce d’hommes qui, s’étant multipliée et répandue sur toute la surface de la terre, a subi différents changements par l’influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la manière de vivre, par les maladies épidémiques, et aussi par le mélange varié à l’infini des individus plus ou moins ressemblants» (Hist. nat., t. III, 1749).

Yves LAISSUS rapproche opportunément de cette citation cette autre, désabusée, sur l’homme en société, qui annonce déjà la préoccupation éthique qu’auront les scientifiques de nos jours sur l’utilisation des résultats de leurs recherches par leurs contemporains. Elle est du lendemain de la Guerre de Sept Ans :

«L’homme qui ne peut que par le nombre, qui n’est fort que par sa réunion, qui n’est heureux que par la paix, a la fureur de s’armer pour son malheur et de combattre pour sa ruine : excité par l’insatiable avidité, aveuglé par l’ambition encore plus insatiable, il renonce aux sentiments d’humanité, tourne toutes ses forces contre lui-même, cherche à s’entre-détruire, se détruit en effet ; et après ces jours de sang et de carnage, lorsque la fumée de la gloire s’est dissipée, il voit d’un oeil triste la terre dévastée, les arts ensevelis, les nations dispersées, les peuples affaiblis, son propre bonheur ruiné et sa puissance réelle anéantie» (Hist. nat., t. XII, 1764).

Yves LAISSUS rend très présent l’homme qu’était BUFFON ; en re-situant avec précision dans son époque ses travaux scientifiques novateurs, il met en évidence leur relation directe avec les avancées scientifiques des siècles suivants.

BUFFON était non seulement un très grand savant ; c’était aussi un grand communicateur qui a su diffuser les résultats de ses recherches pour le plus grand profit de ses contemporains et le plus grand bien de la société.

Avec le présent numéro de notre Revue et l’interview d’une personnalité, Jean-Claude LEHMANN, nous inaugurons une nouvelle rubrique : «Réflexions sur une carrière ». Les scientifiques avec qui nous nous entretenons nous décrivent leur parcours au CNRS et ailleurs : ils partagent avec nos lecteurs les fruits de leur expérience. Nous souhaitons que ces témoignages contribuent à éclairer les décisions que les scientifiques et les responsables de la recherche publique et privée doivent prendre au quotidien pour le développement de la science au bénéfice de la société.

Edmond Arthur Lisle

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