Hommage à Pierre Potier
Notre Association s’honore de publier dans ce numéro un article en hommage à Pierre Potier.
Il avait été élu Administrateur de l’Association par notre Assemblée générale du 2 juin 2005 et avait beaucoup
de projets à développer avec nous. Il nous a été arraché quelques mois plus tard en pleine recherche sur le
traitement du diabète.
Nous sommes très reconnaissants à la Fondation de
la Maison de la chimie et tout particulièrement à
son président, Monsieur Bernard Bigot et à sa vice
présidente, Madame Danièle Olivier, de nous avoir
permis de reproduire la communication ci-après
préparée pour la «Journée en hommage à Pierre
Potier» organisée par la Fondation le 12 mai 2006
à la Maison de la chimie.
L’auteur, Muriel Le Roux, est chargée de recherche
au CNRS à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine
(IHMC) du CNRS et de l’Ecole normale
supérieure. Le texte s’appuie sur un ouvrage que prépare
Muriel Le Roux sur Pierre Potier, le chercheur
et son oeuvre.

©CNRS Phototèque - Photo : Xavier Pierre
Il nous a paru essentiel de publier ce texte en hommage à un très grand chercheur, certes, mais aussi par ce que
toute sa carrière nous révèle de la démarche du chercheur. Muriel Le Roux nous la décrit :
«Il avait une vision ambitieuse des finalités de la recherche, vaincre le cancer, guérir le diabète,
ou encore réformer la recherche... Il aimait débrouiller des problèmes complexes, mais
réfléchissait dans le même temps à l’application qui résulterait de son travail. La recherche
sans objectif défini ne l’intéressait pas... Il choisissait ses thèmes de recherche indépendamment
des modes scientifiques après avoir lu, réfléchi et analysé les connaissances existantes.
Il constituait son équipe en associant des spécialistes des domaines concernés, de disciplines
différentes... Evaluer avec rigueur les résultats, arrêter une recherche dans l’impasse, a
contrario défendre farouchement un projet à risques étaient un exercice qu’il s’imposait
quitte à se créer des inimitiés... D’esprit pasteurien, Pierre Potier considérait que la
recherche académique même la plus fondamentale et la recherche industrielle formaient un
continuum. Il collabora avec l’industrie, discutant pied à pied pour développer ses découvertes.
Mais, soucieux des droits des chercheurs, il le faisait selon des procédures qui garantissaient
ces droits, n’hésitant pas à fonder lui-même la structure de valorisation... Tirer
profits de ses travaux lui a permis de réinvestir dans de nouveaux projets, d’en faire bénéficier
le CNRS (son employeur), et de recevoir avec toute son équipe, la part qui leur revenait
légalement».
Tout l’article nous révèle le chercheur passionné, chaleureux, sachant entraîner une équipe par sa conviction et
sa rigueur scientifique mais aussi par son enthousiasme ; sachant aussi vaincre les oppositions - ou convaincre
les opposants - surmonter les inerties administratives autant présentes dans le secteur privé que dans le public,
se tenant constamment au courant de l’état de la science dans le monde. Dès le début de sa carrière scientifique
il avait voyagé en Suisse et au Royaume Uni, travaillant dans les laboratoires de pointe dans son domaine. Plus
tard il travailla pendant près de huit ans avec Sir Derek Barton (Prix Nobel de chimie en 1969) à la co-direc-
tion de l’Institut de chimie des substances naturelles (ICSN) - il se comparait au «co-enzyme par rapport à l’enzyme
». La communication, la coopération mais aussi la concurrence internationales étaient indispensables au
progrès de la connaissance. A la direction de l’ICSN, avec Guy Ourisson, il organisa des «tournées de conférences...
dans un grand nombre de pays sensibles (qui lui) ont permis de renforcer le réseau mondial établi
par E. Lederer et développé par Sir Derek Barton autour de l’ICSN». Sa coopération avec l’industrie est non
moins significative : les moyens de recherche développement et les ressources financières des entreprises permettent
de franchir des étapes et de prendre des brevets dans la mise au point d’un médicament que la recherche
publique ne pourrait assumer. L’indépendance et la liberté de cette dernière offrent en revanche la possibilité
d’explorer des voies que la recherche industrielle écarterait parce qu’offrant une perspective de retour sur investissement
trop aléatoire ou à trop long terme. L’article de Muriel Le Roux décrit dans le détail les relations, qui
n’avaient rien d’un «long fleuve tranquille», de Pierre Potier et des entreprises avec qui il collabora ; mais il
met en évidence aussi le résultat final bénéfique pour les hommes - en termes de remèdes efficaces -, pour le
CNRS et les chercheurs responsables - en termes de redevances. Ce résultat était dû en dernière analyse à l’intelligence
et à l’acharnement de Pierre Potier : «le chercheur devint un redoutable hommes d’affaires» dit-elle.
Au cours de sa carrière, de 1994 à 1996, il fut Directeur général de la recherche et de la technologie au
Ministère de l’éducation nationale. Il y acquit une connaissance et une compétence hors pair sur l’organisation
de la recherche en France, ses liens avec l’enseignement supérieur et avec l’industrie. Dans le numéro hors série
de notre Bulletin intitulé « La Mémoire du CNRS » d’octobre 1994, Pierre Potier avait contribué des extraits
d’un rapport qu’il avait rédigé en juin 1994 et qu’il avait intitulé pour nous « Quelques réflexions sur le
CNRS ». Ce texte restait actuel en 2004 et le reste encore aujourd’hui : il témoigne de la clarté de l’analyse de
l’auteur, de sa rigueur dans le diagnostic, de la pertinence des solutions préconisées.
Pierre Potier s’était vu décerner de très hautes distinctions scientifiques, françaises et étrangères : il pouvait prétendre
à de plus hautes encore ; il avait fait des découvertes majeures : il en préparait d’autres ; il a occupé de
très hautes fonctions administratives : il aurait pu en occuper de plus élevées. Avant tout c’était une personnalité,
riche, généreuse, enthousiaste; d’un esprit et d’un humour souvent décapants. Il avait une passion pour la
science et ne ménageait pas son engagement au service des causes qui servent l’humanité.
Nous perdons un scientifique exemplaire, un collègue, un ami. Il reste auprès de nous très présent par tout ce
qu’il a fait et l’exemple de vie de chercheur qu’il nous a donné.
Avec cet article sur Pierre Potier, notre Bulletin passe sous une nouvelle direction.
A l’équipe rédactionnelle responsable du Bulletin jusqu’à présent sont dus l’hommage et la reconnaissance de
l’Association : Paule Ameller, Lucie Fossier et Yvonne Sallé. Lucie Fossier a été rédactrice en chef de février
1994 à mars 2001 , Yvonne Sallé de novembre 2001 à avril 2006. Ensemble elles ont porté le Bulletin, des
numéros 5 à 40, à son très haut niveau de qualité actuel : articles de fond originaux et variés; information
détaillée sur la vie de l’association au niveau national et régional; grande exigence professionnelle dans la préparation
de chaque numéro. Grâce à leur dévouement et à leur travail méticuleux, le Bulletin est devenu l’instrument
de communication central de notre association. Qu’elles soient félicitées et remerciées pour le travail
accompli et le résultat obtenu.
Notre bulletin s’intitule « Rayonnement du CNRS » ; il doit désormais assurer ce rayonnement au-delà de notre
association et au-delà de l’hexagone. Tels sont ses nouveaux objectifs : tous nos adhérents sont invités à y contribuer.
Edmond Arthur Lisle
accueil tribune