25 Septembre - 4 Octobre 2004 : voyage en Sicile

La Sicile : une destination propice au rêve! Nous sommes 22 à nous retrouver à l’aérogare 3 de Roissy-Charles de Gaulle, ce samedi matin, en partance pour Palerme. Une personne du groupe a dû renoncer la veille au soir à nous accompagner: nous sommes tristes pour elle. Nous atterrissons à 14h30 sur une piste en bord de mer, au pied d’une montagne abrupte. Enzo, qui est l’agent de voyage habituel en Italie de notre association, nous accueille amicalement. Le car est là tout proche, nous y faisons la connaissance de Sebastiano qui nous accompagnera pendant tout le voyage et de Peppino, notre guide pour la ville de Palerme, ainsi que de notre chauffeur. Nous partons aussitôt pour notre première visite. Le car nous dépose en contrebas de la vieille ville de Monreale à laquelle on peut accéder par un court trajet en taxi. Les plus courageux y montent à pieds.

La cathédrale de “Monreale” (Montagne royale), édifiée par le roi normand Guillaume II sur une terrasse dominant la “Conca d’Oro”,vaste plaine, alors toute boisée, où les chasses royales étaient coutumières, puis terre de culture d’agrumes d’où son nom de Conque d’or. Cette grande cathédrale a été construite rapidement à partir de 1174 à la suite d’une inspiration que la Madone aurait donnée au roi. Elle montre une fusion des traditions architecturales siciliennes antérieures, en particulier byzantine et musulmane, avec l’art roman français. L’Orient et l’Occident s’y rencontrent avec harmonie, en accord avec la tolérance dont bénéficiaient alors les Siciliens. L’impression générale dès l’entrée est à la fois de somptuosité et de légèreté, qualifications bien souvent antagonistes.

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Cloître du monastère bénédictin adjacent à la cathédrale de Monreale
La somptuosité vient surtout des fines mosaïques à fond doré qui garnissent le choeur, avec en particulier le Christ Pantocrator, et les murs. La légèreté est d’abord architecturale avec la voûte en berceau et les gracieuses colonnes qui supportent la partie haute. Les portes en bronze du portail sont ornées de scènes bibliques ainsi que de griffon et lion, emblème des rois normands. L’’abbaye bénédictine contigüe date de la même époque que celle de la cathédrale. Son superbe cloître nous abrite d’une violente averse. Les deux cent vingt huit colonnes jumelées sont toutes différentes, ornées de chapiteaux sculptés romans et d’incrustations à motifs variés de tesselles byzantines. Leur état de conservation est exceptionnel. C’est là que Peppino a commencé à nous faire bénéficier de ses connaissances approfondies en symbolique chrétienne.
Nous revenons au car par une rue en escalier bordée de petites boutiques d’objets pour touristes. Maintenant nous nous dirigeons vers notre hôtel: “Albergo Mediterraneo”, au centre ville de Palerme près du “Teatro Massimo”. C’est notre première expérience de la circulation automobile dans cette ville où le stationnement en double file est fréquent ainsi que ses conséquences... Nous nous installons pour trois nuits!

Ce dimanche 26 Septembre au matin, il pleut un peu, par intermittence. Le car nous conduit au Palais Royal des Normands, dont nous admirons l’architecture extérieure et la cour. C’est maintenant le siège de l’assemblée régionale sicilienne. Peppino nous guide, au milieu des groupes qui se succèdent, à la visite de la Chapelle Palatine, consacrée en 1143. L’extérieur en est masqué par des constructions ultérieures. Le bâtiment comporte trois nefs et trois absides. Le plafond en bois à stalactites et caissons peints, du 12ième siècle, est l’oeuvre d’ouvriers fatimides. Il est considéré comme le plus beau de ce type. Les mosaïques sont nombreuses et très belles, dont un Christ Pantocrator à l’intérieur de la coupole. Une autre figuration du Christ, bénissant et entouré d’archanges et d’anges est au fond de l’abside centrale. Le trône royal, à l’ouest du bâtiment, fait face à cette abside. Peppino, toujours soucieux de nous faire saisir les intentions du clergé et des artistes, nous indique qu’une figuration de paon en parade signifie “la vie” alors que, si les plumes sont abaissées, “la mort” est représentée.

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abside centrale de la Chapelle Palatine à Palerme
Nous continuons, en car, une visite de la ville sous une forte pluie en passant par “la Porte Neuve”, transformée en arc de triomphe pour Charles Quint. Le temps est meilleur et nous continuons à pieds. Nous passons devant “Santa Maria de la Catena” (église de la Chaîne, nommée ainsi à cause de la chaîne qui fermait autrefois l’entrée du port), l’ancien hotel Trinacria (où est mort le prince Salina), les remparts (décrits par Edmonde Charleroux dans “une enfance sicilienne”), traversons un quartier populaire où se trouvent aussi une église et un palais se faisant face.

C’est l’heure pour nous de gagner la Pinacothèque dans l’élégant Palais Abatellis du 15 ième siècle. Dans la chapelle, se trouve la grande fresque intitulée “le triomphe de la mort” placée autrefois dans l’hôpital majeur et dont l’auteur est inconnu (peut-être un peintre flamand). Nous admirons au passage de belles sculptures, en particulier de Domenico et Antonello Gagini et de nombreuses peintures dont la pièce la plus admirée est sans conteste “l’Annonciation” d’Antonello da Messina, datant de 1473 et vaut à elle seule la visite.

Nous déjeunons à l’hôtel puis nous repartons en car. Nous avons rendez-vous avec Peppino “piazza Bologni”. Il pleut faiblement puis de plus en plus fort et nous sommes quelques uns à acheter des parapluies à trois euros à des vendeurs à la sauvette.

Nous allons voir la “piazza di Quattro Canti” (place des quatre saisons), (croisement à 90° de deux axes principaux de la ville) dont un des personnages sculptés représente Charles Quint. Nous marchons ensuite jusqu’à la “Fontana Pretoria”, oeuvre d’un toscan au 16 ième siècle, ornée de statues de créatures mythologiques. La nudité des personnages est cause que les palermitains l’ont alors surnommée “fontaine de la honte”.

Nous continuons notre visite pédestre sous une violente pluie d’orage et voyons au passage l’église “Santa Maria dell’ Ammiraglio” plus connue sous le nom de la “Martorana”, fondée au milieu du 12 ième siècle par l’amiral Georges d’Antioche, dont la facade est baroque. Le clocher est embelli sur quatre étages de fenêtres jumelées à colonnettes et marqueteries multicolores. L’église est fermée. Quelques uns d’entre nous reviendront en admirer les magnifiques mosaïques intérieures du 12 ième siècle. A côté se dresse l’église de “San Cataldo” couverte par trois coupoles rouges d’influence musulmane. Nous visitons ensuite la “Chiesa de Gesu” (Casa Professa), dont Peppino nous dit qu’elle est unique en tant qu’église baroque. L’intérieur en est recouvert de stuc et de marqueterie de marbres polychromes. Dans l’autel de la Sainte Famille, un tableau fin de tels marbres montre, d’après un livret en vente sur place, “une perspective d’architectures bizarres”. Il est aussi indiqué dans le même fascicule que “tous les ornements constituent un vaste symbolisme qui vise à glorifier le nom de Jésus”; aussi Peppino est-il particulièrement heureux de nous faire profiter de ses dernières explications. Il nous quitte ensuite, dans le car. Sebastiano sera notre guide jusqu’à Syracuse. De la cathédrale, fermée, nous ne verrons que la magnifique porte sud.

Lundi 27 septembre. Ce matin, nous prenons la route pour Cefalù. D’abord nous montons sur la colline pour une vue panoramique de cette belle petite ville que nous allons visiter par temps ensoleillé. Sebastiano nous fait alors remarquer la forme d’escargot de l’ensemble rochers et ville: les rochers ayant l’allure d’une coquille et de la ville s’étendant à leur pied vers la mer, les tours de la cathédrale figurant les tentacules oculaires. Nous entrons à Cefalù par la “Porta Giudecca”. La cathédrale normande a été construite au 12 ième siècle par Roger II (roi normand). On y accède par un escalier conduisant à une grille; on a ainsi du recul pour voir la facade ornée de deux rangées d’arcades aveugles surmontant le porche. De chaque côté, la facade est encadrée de tours à base carrée agrémentées de fenêtres, à colonnettes pour certaines. A l’intérieur, dans l’abside, se trouvent de magnifiques mosaïques dont le Christ Pantocrator accompagné de la Vierge, d’ apôtres et d’ archanges; le plafond en bois aux poutres peintes est d’inspiration musulmane. Une restauration discutable faisant une large place au ciment a été éxécutée il y a quelques annés sur les murs latéraux. Nous nous promenons ensuite dans la vieille ville et découvrons, entre autres: l’”Osterio Magno” où a (peut-être) habité Roger II; la “Porta Marina”, en arc brisé, qui surplombe la mer; un vieux lavoir dont l’eau douce s’écoule vers la mer par un étroit passage sous le rocher. Nous rentrons à l’hôtel à Palerme pour déjeuner (le poisson était excellent)!

Nous devons, en principe, aller visiter les catacombes des Capucins l’après-midi. Quand nous y arrivons en car, elles sont fermées pour cause de réunion des moines et n’ouvriront qu’une heure plus tard.

Nous allons donc, malgré les difficultés de circulation automobile, utiliser ce temps autrement: en nous rendant au jardin anglais, où nous admirons des essences que nous n’avons pas l’habitude de voir (ficus de grande taille, kapokiers, palmiers...) et nous sommes très contents de cette belle visite. Pouvoir remonter dans le car à la sortie n’est pas simple. Le chauffeur n’a pas le droit de nous attendre et doit touner en rond jusqu’à ce que nous soyions en bord de trottoir, prêts à monter. Nous y parvenons tout de même et repartons aux catacombes. Il y a foule à l’entrée, mais nous entrons. Nous parcourons de larges couloirs bien éclairés, bordés de squelettes vêtus, debouts pour la plupart, mais aussi allongés. Il n’y a plus d’admission depuis la première guerre mondiale.

Mardi 28 septembre. Ce matin il faut charger nos valises dans le car. Il pleuviote mais le beau temps reviendra très vite. Nous suivons la côte vers l’ouest, puis pénétrons à l’intérieur en direction du temple de Segeste où nous arrivons vers 10 heures. Il y a déjà du monde. Le site est magnifique. Ce temple est de style dorique archaïque et remarquablement conservé. Il date du 5 ième siècle avant J.C.. Des chercheurs pensent que sa construction a été interrompue par la guerre contre Selinunte car il n’y a aucun élément architectural à l’intérieur. Nous ne visiterons pas le théâtre pour deux raisons: nous en verrons un à Syracuse (et un autre à Taormine) et notre emploi du temps ne le permet pas... Il faut donc repartir.

Notre prochaine étape est Erice, perché au sommet du “Monte San Giuliano”. D’en bas on aperçoit l’impressonnant château normand. Le car gravit une route de montagne, d’où les vues sont particulièrement belles. Le soleil brille mais quelques nuages blancs animent le ciel. Erice est une petite ville médiévale, mais aussi héberge le Centre International de Culture Scientifique E. Majorana. Le sommet sur lequel la ville est construite est grossièrement triangulaire. Le château-fort normand occupe un angle sur un rocher, lui-même isolé, sur un site consacré dans l’antiquité à Vénus Erycine. Devant le château, des jardins publics créés au 19 ième siècle s’étendent jusqu’aux quartiers de la ville. Nous visitons d’abord “l’Eglise Mère” qui remonte au 14 ième siècle, retouchée au 15 ième et plus récemment. La tour qui la flanque, crénelée, est allégée sur deux niveaux par des fenêtres jumelées. Nous gagnons ensuite le restaurant Ulysse par les ruelles montantes de la vieille ville au pavage ouvragé. Le déjeuner typiquement sicilien fût, de l’avis général, excellent. Le groupe s’égrène ensuite pendant un moment à parcourir la ville. Mais il faut repartir. En redescendant nous avons une vue plongeante sur les marais salants de Trapani.

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Arc en ciel sur le temple E à Selinunte

Direction : Selinunte. A notre arrivée, il pleut, ce qui nous permet d’admirer un arc en ciel complet. La pluie s’est arrêtée alors que nous partons visiter le site. Il est vaste et nous utilisons des véhicules électriques pour le parcourir. Il a été fondé par des colons de Megara Hyblea au 7 ième siècle avant J.C.. La ville, rivale de Segeste, a été détruite par les Carthaginois. Un système de fortification et huit temples aux colonnes doriques colossales ont été retrouvés, tous en mauvais état. L’un d’entre eux a été partiellement remonté vers 1960; la très vaste acropole a été localisée et une douzaine de colonnes du plus grand temple qu’elle contenait sont debouts. Un beau coucher de soleil, derrière des nuages, nous accompagne alors que nous repartons pour le Grand Hôtel des Thermes à Sciacca, situé en bord de mer, où nous sommes très bien accueillis.

Mercredi 29 septembre : Nous commençons la journée par une promenade à pied dans Sciacca. La marche n’y est pas facile à cause des nombreux travaux sur voies publiques et de la circulation automobile. Après une vue sur le port puis le passage dans un jardin public bien fleuri nous voyons la cour de l’hôtel de ville, installé dans l’ancien couvent des jésuites. L’extérieur de l’église attenante est très abîmé. Les pittoresques éventaires de commerçants, sur une place, nous amusent.

Et, en voiture pour Agrigente ! Près de la ville, nous nous arrêtons pour visiter la maison natale de Luigi Pirandello. Elle ne contient pas de meubles ou d’objets personnels de l’écrivain mais de nombreux documents et photos sur sa vie littéraire. Un buste de l’auteur est placé devant la maison. A Agrigente nous allons directement à l’hôtel Akrabello, de style mauresque et très agréable, pour déjeuner et déposer nos bagages. Nous partons en début d’après-midi visiter la Vallée des Temples. La ville antique fût fondée en 581 avant J.C. sous le nom d’Akragas sur un plateau calcaire dominant les environs. Un siècle à peine plus tard, sa population atteignait 200 000 personnes et elle fut décrite par Pindare comme “la plus belle ville peuplée de mortels”. La vallée comporte cinq temples principaux dont celui de la Concorde est le mieux conservé parce qu’il a servi de basilique chrétienne au 4ème siècle. Il a retrouvé sa forme classique au 18ème siècle. C’est un monument des plus significatifs de l’art dorique en Sicile, construit sur quatre gradins avec une façade à six colonnes. Du temple d’Héraclès, le plus ancien (6ème siècle avant J.C.) seules huit colonnes ont été relevées, sur un côté. Du petit temple de Castor et Pollux quatre colonnes sont encore debout, devenues symboliques de cette vallée et illustrant la couverture du guide qui nous a été offert à notre arrivée en Sicile. Nous avons longé ces temples à pied et par très beau temps. Nous marchions près de la bordure fortifiée de l’ancienne cité dans laquelle ont été creusées des hypogées paléochrétiennes. Une courte visite à la partie aérienne du musée archéologique régional nous a ensuite permis de voir, entre autres, gisant sur le sol, un atlante provenant du temple de Zeus Olympien.

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Attelage à Agrigente

La fin d’après-midi se passe à l’hôtel au bord ou dans la piscine pour ceux qui le souhaitent ; au calme de toute façon, probablement, pour tous.

Le repas du soir a lieu dans une très grande salle malheureusement bruyante car les convives y sont très nombreux. Mais nous avons droit ensuite à la surprise promise la veille par Sebastiano : une promenade nocturne en car pour admirer la “valle di Templi” illuminée. Nous admirons, effectivement, de tous nos yeux! Mais il y eut une suite à la surprise, bien involontaire celle-là. Alors que nous allions revenir à l’hôtel, le moteur de notre car s’est mis à toussoter; et puis, il s’est calmé et le retour fut sans histoire.

Jeudi 30 septembre : Départ vers Piazza Armerina via Caltanissetta. Au bout de quelques kilomètres le moteur de notre car toussote à nouveau. La route à faire aujourd’hui est longue: nous devons nous arrêter pour ne pas avoir de panne pendant le trajet. Justement une station-service “ERG” est là. Mécanicien et chauffeur ont besoin d’une clef non disponible. Le mécanicien va en chercher une. Cependant les deux hommes ne parviennent pas à réparer, malgré l’aide demandée par Sebastiano à un autre chauffeur de car. Pendant ce temps nous bavardons, mais hélas, à la station service, il n’y a ni sièges ni boissons (sauf un distributeur d’eau qui n’accepte que les pièces de 50 centimes). Nous avons tout de même le plaisir de voir arriver un client, un paysan qui transporte des fruits dans sa camionnette et accepte de vendre à François un plateau de grosses pêches et un de raisin blanc. L’impression me vient en écrivant que, si nous avons mangé de ces fruits avec grand plaisir et plusieurs fois, nous n’avons peut-être pas demandé à François (et éventuellement à quelqu’un d’autre) à partager les frais. De toute façon, merci François ! Enfin, vers 10h30, un car de remplacement arrive pour nous. Il est plus long que l’autre. Son conducteur, Salvatore, est dit Toto. Adieu à notre ancien chauffeur et transfert des bagages; à 11h45 nous repartons. Nous contournons Caltanissetta et nous trouvons maintenant dans la région la plus chaude de la Sicile où l’on produit du blé dur dans une terre noire : plus de grands rochers calcaires mais des collines arrondies. Nous arrivons à Piazza Armerina et allons déjeuner (il est 13h25): nous sommes attendus.

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Vue de la côte, prise depuis Erice

Vers 15h nous sommes prêts à commencer la visite de la “Villa Romana del Casale”. Cette villa, qui date des 3 ième et 4 ième siècles a été préservée de la destruction grâce à une inondation au 12 ième siècle, suivie d’un dêpot d’alluvions protecteurs sur les mosaïques du sol. Découverte au 19 ième siècle, elle n’a été dégagée que dans les années 1950-1960. Elle est exceptionnelle d’un double point de vue: ses dimensions et la qualité de sa décoration. Elle est supposée avoir appartenu à un empereur romain. Des précautions (encore insuffisantes) ont été prises pour la préservation future des mosaïques par l’établissement: d’un toit qui y évite les écoulements d’eau, et de parois latérales en grande partie vitrées. Les nombreux visiteurs sont guidés sur un circuit obligé surélevé et se penchent sur une rambarde pour admirer... Nous voyons d’abord, de l’extérieur, les caldarium et tépidarium. Le frigidarium est décoré de créatures marines mythiques. Les salles sont le plus souvent nommées d’après le sujet de leur décoration. Nous voyons celles: du cirque (courses de chars), le grand péristyle, la petite chasse, le promenoir de la grande chasse (capture d’animaux), Ulysse et Polyphème, les gymnastes (salle des Dix Jeunes Filles ou encore des jeunes filles en bikini), le triclinium (travaux d’Hercule et autres thèmes)... La visite est trop brève pour un contentement maximum, mais il faut avancer au rythme commun et nous sommes très heureux d’être venus.

Nous reprenons la route pour Raguse où nous arrivons à l’hôtel Kroma vers 19h20.

Vendredi 1er octobre : D’abord une visite en car de Raguse avant de la quitter. La ville nouvelle, baroque, a été construite sur le plateau après le tremblement de terre de 1693 alors que la ville ancienne, Ibla, est reliée à la ville nouvelle par une crête rocheuse. Le “duomo San Giorgio”, baroque, est le véritable centre de Ibla. Il se dresse en haut d’une rue s’élargissant vers lui, précédé par une grille d’aspect léger et une grande volée de marches. Son architecture accentue l’impression de verticalité par les trois niveaux de la facade et ses séries de colonnes groupées, souvent par trois.

Nous suivons ensuite une route de montagne vers Modica, étagée au-dessus d’une profonde vallée, puis traversons un plateau cultivé (oranges, tomates, pommes de terre) à terre brune et murets de pierre. Nous arrivons à Noto. Cette ville, complètement détruite par le tremblement de terre de 1693, fut reconstruite par de grands architectes sur un emplacement plus sûr. Les façades des églises, des monastères et des demeures de l’aristocratie devinrent plus grandioses encore. La magnifique architecture baroque est unique sur l’île. Malheureusement, la pierre utilisée est fragile et de nombreux bâtiments mal entretenus. La cathédrale est en cours de restauration. L’homogénéité de style des façades nous charme cependant.

Nous continuons ensuite notre route vers Syracuse où nous déjeunons et nous installons à l’hôtel Bellavista pour trois nuits, qui seront, hélas, les dernières du voyage...

Nous partons en car l’après-midi pour visiter à pieds l'île d’Ortygie, “haut-lieu” historique de la ville, maintenant reliée à la terre ferme par un pont. Les ruines du temple d’Apollon ont été découvertes seulement en 1860. Le monument, de grande surface, date du 6 ième siècle avant J.C. et serait le plus ancien temple dorique d’Europe occidentale. Il a été transformé successivement en église byzantine, mosquée, église chrétienne puis forteresse avant que sa base soit dégagée. Les anciens palais se succèdent le long des places ou des rues étroites, témoins des styles architecturaux successifs qui s’y harmonisent bien. Certains ont été achetés à bas prix avant restauration puis vendus par appartements. Le “Duomo” témoigne aussi de cette superposition de styles puisque sa façade nord inclut des colonnes massives d’un temple antique. Devenue église chrétienne puis mosquée, et enfin cathédrale, elle illustre par sa façade l’architecture religieuse baroque sicilienne. Près du grand port, la source d’eau douce d’Aréthuse devrait son nom à la nymphe transformée en fontaine. Nous retrouvons le car sur le pont.

Samedi 2 octobre : Notre guide francophone de la ville (Anne-Marie, d’origine suisse et installée ici) nous attend près de la zone archéologique de Neapolis (partie intégrante de la ville antique qui était plus vaste qu’actuellement). Elle commence ses explications devant la grande plateforme (presque 200 mètres de long) de l’autel sacrificiel de Hiéron II, du 3 ième siècle avant J.C.. Le théâtre grec, en demi-cercle, est inséré entre des flans rocheux, la cavea (scène) tournée vers la mer. Il date du 5 ième siècle avant J.C. et était plus grand que ses ruines le suggèrent, Charles-Quint ayant fait prélever beaucoup de ses pierres pour la construction des remparts d’Ortygie. Ce théâtre avait déjà été modifié sous Hiéron II puis par les romains. L’ensemble actuel demeure très impressionnant. Les grands dramaturges grecs, en particulier Eschyle, montèrent leurs pièces ici et, à notre époque, des représentations y sont organisées un été sur deux. Une nymphée (grotte artificielle d’où jaillit une source) faisait partie du système hydrique du théâtre. Une personne de notre groupe se blesse malencontreusement pendant la visite (le sol est très inégal) et ne pourra pas, maintenant, participer à toutes les visites... Les latomies sont d’anciennes carrières de la même époque d’où était extraites les pierres nécessaires à la ville. Leur disposition laisse supposer qu’elles constituaient, de plus, un dispositif de défense. A l’intérieur sont des grottes artificielles dont la plus connue est “l’oreille de Dionysos”, où le tyran aurait confiné ses ennemis afin d’écouter leurs conversations grâce à l’amplification sonore des sons, par échos, dans la grotte.

Nous jetons un coup d’oeil à l’amphithéâtre romain puis le car nous conduit au château Euryale (“tête de clou” à cause de la forme de l’éperon rocheux du plateau d’Epipoli où il est situé, à la jonction des parties nord et sud des murailles de la ville). Construit en cinq ans vers - 400, c’est la plus complète oeuvre militaire grecque. L’entrée en était protégée par des tours de repérage, trois profonds fossés et des tranchées souterraines en zigzag la masquant aux ennemis, tout en permettant des attaques surprise de ces derniers.

L’après-midi nous retrouvons Anne-Marie pour la visite des catacombes de St Giovanni (4 ième siècle de notre ère), en partie sous la petite église du même nom qui porte des traces de remaniements successifs après les dégâts qu’elle a subis lors du tremblement de terre de 1693.

Ensuite : visite au musée archéologique régional, bien installé dans un bâtiment des années 1980. Nous n’en avons parcouru que la section relative à l’antiquité, très bien guidés par Anne-Marie; je ne citerai, pour mémoire, que deux oeuvres de la période archaïque : une statue funéraire de jeune homme (koros) et la déesse mère allaitant des jumeaux.

Sur le chemin du retour à l’hôtel nous entrons dans la grande église récente “Sanctuaire de la Vierge des larmes”, grandiose. Elle nous choque moins que lors de notre arrivée dans la ville.

Dimanche 3 octobre : Nous partons visiter Taormine, qui s’étend sur les flancs du mont Tauro. Nous suivons la route vers Catane, parallèle au bord de mer, et pouvons juger de l’importance des implantations industrielles dans cette zone. Le temps est beau. Nous nous approchons de l’Etna, d’où s’échappe un nuage de fumée blanche. Aux abords de Catane, nous traversons la coulée qui détruisit la moitié de la ville en 1669. Nous dépassons cette ville, roulons au pied du volcan et admirons, au loin,Taormine sur son rocher. A l’arrivée dans la ville, environ à mi-pente, nous laissons le car pour continuer avec une navette. En montant, nous admirons le panorama... L’histoire de Taormine remonte aux Sicules. Satellite de Syracuse, puis capitale de la Sicile byzantine jusqu’à la conquête arabe, elle redeviendra très prospère sous les Normands.

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L'Etna, vu du théâtre de Taormine

Au sommet, porte de Messine, notre guide de la ville, Giuseppe, nous attend et nous emmène d’abord voir la facade du palais Corvaja, siège du parlement sicilien en 1411. Sa base est une tour arabe. Au dessus, la structure normande crénelée comporte des fenêtres à menaux et des motifs décoratifs en calcaire blanc et pierre volcanique brune.

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"Palazzo dei Duchi di Santo Stefano" à Taormine
Nous suivons ensuite une petite rue montante encombrée de touristes et bordée de camelots et visitons le théâtre grec datant du 3 ième siècle avant J.C.. C’est l’un des monuments siciliens les plus célèbres du monde. Il est érigé dans un cadre exceptionnel puisque la cavea ouvrait sur la côte ionnienne de la Sicile, la cöte calabraise et sur l’Etna. Le théâtre pouvait accueillir cinq mille spectateurs. Les Romains l’ont beaucoup agrandi (pour dix mille personnes) et ont remanié l’ensemble pour l’adapter aux spectacles de gladiateurs, en particulier en construisant un mur de scène (maintenant en partie détruit) masquant le paysage.

Revenus à la porte de Messine, Giuseppe nous guide ensuite le long d’une des rues animées, le corso Umberto I, jusqu’à la terrasse, piazza IX Aprile. Je ne peux pas décrire la beauté de la côte que nous surplombons. La vue s’étend au loin, jusqu’à la Calabre...

Nous revenons Porte de Messine où nous remercions et quittons Giuseppe. Sebastiano nous conduit vers le restaurant Luraleo. Il reste un peu de temps avant le repas et nous sommes quelques uns à visiter les magnifiques jardins de la “Villa Comunale”, proches du restaurant. Cette propriété fût donnée à la ville par une aristocrate anglaise qui s’en était éprise.

Après le déjeuner nous avons du temps libre. C’est très bien car de nombreux magasins sont ouverts : c’est l’occasion de faire des achats de cadeaux-souvenirs car le retour à Paris aura lieu demain! Notre groupe s’émiette, se reforme partiellement puis se dissémine à nouveau au gré des souhaits de chacun. Nous avons rendez-vous à 17h place de Messine pour prendre la navette descendante.

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Le groupe (presque au complet) au théâtre grec de Syracuse

Le ciel est nuageux pendant le retour à Syracuse et, ce soir, nous ne pouvons pas revoir l’Etna de la route.

Notre dernier repas ensemble est un peu bruyant car un autre groupe partage la salle avec nous. Ne nous attardons pas trop...: il faut refaire les bagages.

Lundi 4 octobre : Il fait beau et chaud. Nous quittons l’hôtel à 10h30. Quelques personnes arrivent tout juste de leurs dernières courses. Nous sommes à l’aéroport de Catane à 11h 45 et faisons nos adieux à Sebastiano et à Toto, notre chauffeur. L’ouverture de l’enregistrement n’aura pas lieu avant 13h. Quelques uns d’entre nous vont déjeuner au self-service du premier étage. Nous attendons ensuite l’enregistrement. Le départ du vol a été retardé de deux heures pour “raisons techniques”. Le vol proprement dit dure 2h15. A l’arrivée, pendant l’attente des bagages, les adieux sont à la fois émus et pressés. A une autre fois, peut-être, pour un autre beau voyage!

J. et C. Dorémieux

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