Naples, pourquoi Naples ? Le programme du
CNRS A3 avait dévidé les visites classiques de la
«touristomania»… Pompéï, Herculanum… mais
c’est le dernier jour que notre voyage prenait tout
son sens : au moment où, du haut des ruines de
l’Acropole de Cumes, nous imaginions facilement
l’arrivée sur la plage des Grecs civilisateurs. Venant
d’Ischia, en face, où trouvant ici les mêmes conditions
que dans leurs îles et leurs golfes, ils avaient
quelque peu patienté. C’était au VIIe siècle avant
J.-C. et, nous l’avions vu, ils avaient fait de même
à Paestum, plus au sud.
A partir de là, l’histoire très riche de ces golfes,
Naples, Sorrente, Salerne, de cette Campanie, de
Naples pouvait défiler : la colonie grecque, l’empire
romain, les Byzantins, les Lombards, les Normands,
les Angevins, avec un intermède souabe, une longue
période aragonaise, les Bourbons, Napoléon avec
Murat, roi de Naples, enfin l’unité italienne et
Garibaldi, sans omettre la constante géologique,
cette masse menaçante et dévastatrice du Vésuve.
Tout cela revit sous nos yeux, laissant éclater sa vitalité,
ses charmes et la beauté des sites. C’est donc une
longue histoire à découvrir à un moment ou à un
autre de notre voyage.
A l’aéroport, nous attend Claudio, guide local, qui
tout au long du séjour, assortira ses commentaires
de «Fantastico !» et notre chauffeur Lauro, «la
flèche du Vésuve».
C’est d’abord une visite panoramique rapide du
monumental Naples moderne : les autoroutes, le
grand stade ; ou ancien : l’Opéra San Carlo - 184
loges ! -, la galerie Umberto, le palais royal, le
Castel Nuovo, les nombreuses places…une vraie
capitale. Avant de se rendre à l’hôtel de Sorrente,
arrêt obligatoire au Gambrinus, café-concert de la
Belle Epoque et dégustation des spécialités de
gâteaux napolitains avec capuccino. Brève visite
du quartier des « Espagnols», si typique de Naples.
Sorrente, ravissante petite ville rose et blanche, perchée
sur sa terrasse de tuf, avec ses jardins, son campanile
à trois étages, ses rues pittoresques et leurs
boutiques toujours ouvertes aux touristes - surtout
anglais - ses cafés où, le soir, il fait bon pratiquer le
farniente. De Sorrente, nous évitons au mieux les
embouteillages pour atteindre en car Pompéi et
Herculanum, anéanties en 79 lors de l’éruption du
Vésuve, ressuscitées au XVIIIe siècle, actuellement
fabuleux témoignage des mœurs de l’Antiquité.
Pompéï, florissante ville romaine ensevelie sous plus
de 6 m de cendres, que nous imaginons à partir de
la porte de la Marine en visitant son vaste site
archéologique (66 ha aux 2/3 fouillés). Hélas ! nous
ne sommes pas seuls à arpenter les voies principales,
orientées est-ouest (Marine-Abondance, Nolla) et
nord-sud (Vésuve) et à admirer les fontaines à leur
croisement... Pas d’égouts, mais de hauts trottoirs et
de grosses pierres caractéristiques qui permettaient
aux piétons de circuler sans se mouiller les pieds et,
entre elles, la trace du passage des roues des chars.
Signalisation très figurative, à même les dalles. Près
du forum, outre les vestiges de temples, on repère les
édifices publics : la basilique (Palais de justice), les
thermes, le marcellum (marché couvert), les greniers
du forum où sont exposés quelques trouvailles
archéologiques et des moulages en plâtre de victimes
terriblement expressifs, les vestiges de maisons pompéiennes
: leurs peintures, leurs fresques, la plus
grande - celle du faune et son bronze -, la maison du
poète tragique et sa célèbre mosaïque «Cave canem»,
des maisons d’artisans, une boulangerie et son four
à bois, des tavernes… sans oublier le lupanar. La
lumière est douce, le Vésuve majestueux, coloré de
mauve et de vert…
Herculanum, cité balnéaire, située à 12 km de
Pompéi, face au golfe de Naples, où de luxueuses
habitations, submergées par un torrent de lave, qui,
en se solidifiant a formé une gangue de 20 m
d’épaisseur, protectrice de toutes ses richesses et aussi
des structures végétales (bois, papyrus, étoffes), disparues
à Pompéï. En dépit de fouilles restreintes, à
jamais limitées par la construction d’une ville nouvelle,
nous imaginons la douceur de vie des familles
patriciennes de Rome dans leurs splendides
demeures : la maison des cerfs avec son mobilier de
marbre, la maison de Neptune et d’Amphitrite avec
son triclinium d’été orné de mosaïques fameuses, la
grâce des belles Romaines foulant la mosaïque du triton
à l’entrée des thermes des femmes (sujet d’inspiration
pour les peintres romantiques), sa boutique à
céréales, sa boutique à vins avec son mobilier de bois
intact, la grande maison d’Argo et son vaste jardin…
Emerveillement au Musée archéologique de
Naples où sont sauvegardés une multitude de trésors,
des chefs-d’œuvre de la mosaïque antique tels
que la bataille d’Alexandre (victoire sur Darius),
qui provient de la maison du faune (5,8 x 3,1 m),
le portrait de femme bi-faces, d’un extrême raffinement…,
le fameux vase bleu, les œuvres philosophiques
de la maison du papyrus, les collections
d’argenterie, de camées et… par la grâce de
Claudio, la découverte de l’Eros pompéien du
Cabinet secret.
Nous attendions beaucoup des surprises de Naples :
la circulation aberrante, l’accrochage avec une 104,
une animation de «nulle part ailleurs» dans l’axe de
Spaccanapoli - étymologiquement qui coupe Naples
- ses boutiques, ses encombrements, le quartier étudiant,
les monuments à la peste, les caprices des
horaires de fermeture des églises et des cloîtres.
Heureusement, le duomo, église de Saint Janvier,
était ouvert. Voir Naples et… revenir : il y reste tout
à voir !…
Capri. Qui n’en rêve au fond de son coeur ?
Reposante traversée. Tour magique de l’île tant les
eaux sont translucides, l’érosion de la roche calcaire
créatrice des Faraglioni et de «l’arche de l’Amour»,
vue des villas folles accrochées sur des parois vertigineuses,
entre autres le site de celle de l’empereur
Tibère. Montée en minibus à Anacapri : visite de la
villa San Michele, aménagée par le médecin-écrivain
suédois Axel Munthe et des jardins superbes, ceux
d’Auguste surplombant la Via Krupp. Boutiques de
luxe. Ça grouille de touristes. Circulez, si vous le
pouvez, pour ne pas manquer le bateau du retour.
Salerne. Ce port construit par un Normand est
maintenant très moderne, saturé de voitures -
même françaises - et de containers. Mélange de
styles dans la vieille ville, capitale byzantine puis
normande, avec son vaste atrium à arcades décorées
de mosaïques, siège (peut-être ?) de l’Ecole de
Médecine qui rayonna pendant tout le Moyen
Age, sa Porte aux Lions ( bronze du XIe siècle), son
campanile élancé à fenêtres doubles, son duomo,
consacré à Saint Matthieu, de style roman à l’origine,
envahi par le baroque avec une exubérance
de malachite, d’argent et d’albâtre, deux chaires
sur colonnes grêles de marbre mauve, richement
décorées de mosaïques et, en sous-sol, une très
belle crypte baroque de marbre polychrome. Tout
proche, le bord de mer rappelle la Croisette de
Cannes en miniature.
Paestum. Au sud de Salerne, c’est le site grec éloigné
des sites touristiques, ce qui en fait son charme
et provoquera en nous un recueillement
antique. Imaginez trois temples sur un campus
verdoyant et même odoriférant : «les roses rouges
de Paestum?»… Non des milliers de petites fleurs
blanches. Trois temples dédiés à Héra, témoins de
la Grande Grèce, construits avec des blocs de travertin
superposés qui ont résisté aux séismes : le
temple d’Héra, dit basilique, élevé vers 550 avant
J.-C., avec ses colonnes de style dorique archaïque,
renflées à mi-hauteur, tout près le «temple de
Neptune», construit cent ans plus tard, de style
dorique classique, contemporain du Parthénon.
Détaché, sur le point culminant du site, le temple
d’Athéna, dit de Cérès, érigé en 500 av. J.-C. Au
musée : inoubliable, la plongée du pêcheur, peint
en sa tombe en 480 avant J.-C. Fraîcheur des couleurs
des tombes au toit pointu des Lucaniens,
voisins et occupants provisoires du site entre les
Grecs et les Romains.
Côte d’Amalfi. La route de Salerne annonçait la
veille de magnifiques plongées visuelles sur la mer
à partir d’une route étroite en corniche. Habileté
diabolique des chauffeurs de cars qui se croisent
dans le vide. Bravo Lauro !
Description impossible : il faut voir ces villages
merveilleux, blancs et ocre, plaqués sur le flanc de
la montagne, plongeant jusqu’aux ilôts Li Galli,
demeure des Sirènes au temps d’Ulysse, ou s’élevant
jusqu’au ciel, tel Positano avec une étincelante
coupole de majolique et, tout au long, des tours
de garde, des cloîtres médiévaux, des villas de gens
célèbres, Sofia Loren revenant plusieurs fois, passant
d’un lieu à l’autre pour les quitter tous, y
compris la prison à Pouzzoles. Visite d’une grotte
d’émeraude, pour le plaisir de voir de plus près la
couleur d’une eau limpide et non polluée.
Amalfi, ses maisons blanches et ses ruelles que
domine, du haut de ses 61 marches, la magnifique
cathédrale Saint André avec, comme à Salerne,
une porte byzantine en bronze du XIe siècle, un
beau campanile de style arabo-roman et une crypte
baroque en cours de restauration et, pour se
consoler, l’exceptionnel cloître du Paradis.
Déjeuner au bord de mer, avec des pâtes pour caler
l’estomac, avant de prendre une route sinueuse et
folle jusqu’à Ravollo : son duomo et sa chaire de
marbre du XIIIe siècle à six colonnes torsadées, supportées
chacune par un lion, le palais Rufalo, où
Wagner composa le Parsifal, villas et jardins d’où les
vues sont somptueuses sur la mer avec 300 mètres
d’à-pic : «les terrasses de l’infini». Inoubliable !
Un dernier jour pour s’assurer des faibles risques
de volcanisme par la visite des champs phlégreens
- champs de feu en français - : Cumes, déjà évoqué
et un bonjour à la Sibylle au fond de son long
couloir. Toute cette région, célébrée par Virgile
dans l’Enéïde est extrêmement riche de monuments
romains et de souvenirs, du cap Misène jusqu’à
Pouzzoles, avec des mouvements de terrain -
«le bradyséisme», des villes disparues dans la mer,
des lacs et partout des ruines de thermes, d’aqueducs
ou d’amphithéâtres… Pour finir, nous irons
jouer avec le feu à la Solfatare, où la terre
bouillonne dans un petit cratère, tandis que le gardien,
avec un journal allumé, active les fumerolles
qui jaillissent un peu partout et nous entourent
sans danger, sous les yeux d’un Vésuve majestueux
et calme. Reste une odeur de soufre.
Deux heures avant de prendre l’avion, visite trop
expéditive, mais incontournable, du musée de
Capodimonte, en fait Palais Royal, recelant d’absolues
richesses de grands peintres italiens :
Raphaël, Titien tirant le célèbre portrait du Pape
Farnèse ou d’une Danaë sublime, bénéficiant des
longs commentaires d’une guide très érudite, nous
faisant cavaler jusqu’à la Flagellation du Caravage
- œuvre unique dans l’histoire de la peinture -
admirant au passage les somptueux talons du roi
de Naples, Charles III – un grand roi pour Naples
- et ses riches collections de porcelaines napolitaines
avec un service de 600 pièces, un portrait de
Napoléon par Gérard, etc.
Conclusion d’un voyage au pas de course sur cette
colline royale d’où nous contemplons tout ce qui n’a
pu être visité. Mais sans regret, car nous n’oublierons
pas, entre autres, le brio italien, l’intérêt à l’égard des
touristes, les pâtes en tout genre, les tentations des
boutiques ou celles organisées par Claudio : limoncello,
liqueur de citron, les marqueteries dont raffolent
les Américains, la taille artisanale des camées, le
somptueux dîner de gala dans les collines de Piano,
chez «Le Prince», la soirée musicale folklorique -
Funiculi funiculà…- au théâtre de Sorrente et, pour
rappeler le sens de notre voyage, une partie de l’histoire
de notre civilisation. Mais chacun gardera telle
ou telle vision de charme…à revoir et pourquoi pas
au printemps, lorsque fleurit l’oranger. Fantastico !
Claudius Martray et Monique Thomasset
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