Voyage à Millau : 22-23 octobre 2003

Promenade en Aveyron : première journée

Il est 8 heures du matin lorsque nous quittons Saint-Jean, lieu du rendez-vous, pour un petit périple de deux jours dans la région de Millau, dans le département de l'Aveyron, aux confins du Causse Rouge, du Causse Noir et du Causse du Larzac. Objectif prévu de ce voyage : visite guidée de la maison natale et du Musée J.H. Fabre en fin de matinée, puis de Micropolis, la cité des insectes durant l'après-midi de cette première journée. La matinée du lendemain étant consacrée à la visite du musée archéologique de Millau et du site gallo-romain de Graufesenque et l'après-midi à celle du viaduc de Millau, avant le retour sur Saint-Jean en fin de journée.

Durant ce début de voyage le car est très calme, les vingt-deux participants (un vingt-troisième nous rejoindra sur place), soit récupèrent un manque de sommeil, dû à un réveil un peu trop matinal pour eux, soit regardent défiler la campagne endormie où des bancs de brume parsèment par place, les bas-fonds. Seul James notre chauffeur parle beaucoup, sa verve et sa gentillesse vont égailler nos deux jours de voyage et contribuer pour une part à la réussite de celui-ci. Au passage à Carmaux nous pouvons admirer la gare S.N.C.F. très originale puis après courte halte à Baraqueville, notre voyage se poursuit jusqu'à Saint-Léons, village natal de J.H. Fabre sur le territoire duquel se trouvent et le Musée J.H. Fabre et Micropolis.


Le groupe sous la menace, au fond, d'une mante religieuse affamée



Le village de Saint-Léons

Situé à flanc de coteau, le village de St-Léons qui date du Ve siècle, mais aurait très vraisemblablement été occupé dès la préhistoire, s'étage en cascades autour de son château qui daterait du XVe siècle et qui brûlé en 1580, fut ensuite plusieurs fois restauré et est actuellement occupé. Au pied de ce château se situe la maison natale de J.H. Fabre, célèbre entomologiste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (1823-1915) où nous sommes accueillis par la présidente de l'Association des Amis de J.H. Fabre créée en 1972 et qui s'est donnée pour mission de faire connaître la vie et l'œuvre de cet homme que l'on peut considérer comme l'un des fondateurs de l'écologie telle que nous la concevons aujourd'hui. Visiblement passionnée par son sujet cette personne nous retrace la vie et l'œuvre de J.H. Fabre, le tout émaillé d'anecdotes qui nous rendent cet entomologiste très vivant et très proche.



Nous passons ensuite à la visite de la maison natale qui héberge la reconstitution d'un intérieur rouergat du début du XIXe siècle qui nous donne à imaginer les conditions de vie difficiles qu'a pu connaître J.H. Fabre durant son enfance. Le musée quant à lui, présente quelques insectes particulièrement étudiés par J.H. Fabre et surtout un échantillonnage des très nombreux ouvrages, plus de quatre-vingts, rédigés par ce dernier. Ouvrages non seulement entomologiques, mais aussi scolaires ou de vulgarisation et portant notamment sur la chimie agricole. La visite terminée il est près de 13 heures et nous nous dirigeons à pied vers Micropolis où nous attend au restaurant du site, un menu régional copieux avec, cela va de soi, le fameux "aligot".

Puis nous entreprenons la visite de la cité des insectes, à la fois complément et illustration de notre visite du matin. Conçu suivant une architecture à trame orthogonale et donc géométrique, censée s'opposer à la structure foisonnante et irrégulière de la matière organique, le bâtiment semble émerger de la colline sous forme d'une carapace formée de la juxtaposition d'éléments simples identifiables à des fleurs et qui s'ouvre à la lumière sur une façade formée d'écailles de verre colorées.


Un insecte, c'est une tête, un thorax, un abdomen, 3 paires de pattes...



...des antennes, des yeux à facettes, des élytres et des ailes.

L'ensemble souhaitant évoquer le passage de l'ombre vers la lumière, des espaces fermés vers des espaces ouverts, calquer dans une certaine mesure la vie de l'insecte qui passe de la larve à la nymphe puis à l'insecte ailé. Au sortir du restaurant nous nous enfonçons donc dans cet ensemble composé essentiellement de 11 salles thématiques, par une " faille " formée de parois de béton qui s'élèvent au fur et à mesure que le visiteur avance et qui nous amène à la "Plongée dans l'herbe" suivie de "Être insecte" qui définit les caractères individualisant l'insecte par rapport à d'autres arthropodes qui, pour le non initié, lui ressemblent parfois étrangement.



Font suite des illustrations du comportement avec "Incroyable mais vrai" de la diversité des insectes ("Microrex") et de leur développement, de leur mode de vie, "Sous-face surface", des relations plantes-insectes et insectes-humains, "Déjeuner sur l'herbe" et "Contact". La salle thématique "Plantes carnivores" montre les stratégies de capture développées par certaines plantes et la maquette géante d'une Dionée permet au visiteur de se mettre un instant dans la situation d'un insecte capturé.


Prise au piège !


Des insectes vivants sont visibles dans la serre aux papillons tropicaux dont les chrysalides arrivent régulièrement des pays d'origine par vols spéciaux et dans une rotonde où figurent des arthropodes, mygales, et des insectes, (notamment cétoines exotiques toutes plus belles les unes que les autres, mais aussi phasmes qui imitent si bien brindilles ou feuilles), dont le cycle complet est réalisé en laboratoire à Micropolis. Enfin "Entomologie et Aveyron" qui simule une cabine de vaisseau spatial nous fait découvrir au travers de dioramas, les faunes entomologiques des quatre principaux espaces naturels de l'Aveyron : Forêts, milieux humides, causses et prairies. D'un côté de la cabine la découverte se fait au moyen des instruments d'observation de l'époque de FABRE, de l'autre avec ceux de l'époque actuelle. Quelques extraits et inédits du film Microcosmos complètent cette visite et c'est la fin de cette immersion dans la faune de l'herbe dont la présentation ne donne qu'une idée imparfaite et incomplète. Si vous vous sentez un tant soit peu intéressé, un seul conseil : allez visiter Micropolis.

La journée se termine par un retour au car et la descente sur Millau où l'hôtel International nous accueille pour le dîner et pour la nuit.

Promenade en Aveyron : deuxième journée

Accueillis par notre guide et collègue Alain Vernhet (ancien conservateur du musée de Millau, chercheur au CNRS), quelques minutes avant l'ouverture du Musée, une visite impromptue nous permet de découvrir, tout d'abord le centre de la vieille ville avec notamment : la place du Maréchal Foch, (ancienne place du marché), et ses immeubles à arcades des XIIe - XVIe siècle, les restes de l'ancien pilori avec la colonne portant sur son chapiteau l'inscription romane "Gara qué faras", l'ancienne voie romaine... Quelques éléments d'histoire sont également évoqués, par notre collègue à propos du blason qui orne le portail d'entrée du Musée, (cinq barres de gueule sur fond d'or), rappelant qu'au XIIIe siècle le roi d'Aragon était souverain de Millau.

Le Musée de Millau est installé dans un Hôtel datant du XVIIIe siècle : l'Hôtel de Pégayrolles. Au rez de chaussée et au sous-sol sont exposées des collections de paléontologie, de préhistoire et d'archéologie des Causses, quant au premier étage, il est principalement consacré à l'histoire et aux techniques de la mégisserie et de la ganterie.

Comme l'expose A. Vernhet, dans cette région des causses, où l'utilisation intensive du lait des brebis pour la fabrication du fromage ne peut se faire sans sacrifier les agneaux, le travail de la peau devait nécessairement se développer. De fait Millau est très rapidement devenue le centre du gant d'agneau puisque, dès le XIIe siècle, on parle déjà de cette industrie dont le développement atteindra son apogée en 1963. L'activité de cette industrie a aujourd'hui très nettement diminué, cependant les mégissiers et gantiers millavois continuent à façonner le haut de gamme en matière de peaux et de gants. La visite des salles du musée du premier étage, et les explications et commentaires d'A. Vernhet, nous permettent tout d'abord de découvrir les différents aspects de la chaîne de transformation des peaux et de leur mise en œuvre. Outre l'atelier, reconstitué, dans lequel sont exposés les divers outils et machines servant à la fabrication du gant, nous avons pu admirer les créations et réalisations du modéliste millavois F. Galtier, (1903-1991), des collections de gants du XVIe siècle à nos jours et enfin un bouquet de gants, haut de gamme, fabriqués à Millau pour les grands couturiers et créateurs de renom actuels.

Grâce à l'érudition de notre guide nous avons ensuite parcouru 400 millions d'années à la découverte des richesses paléontologiques et préhistoriques des grands Causses. L'évolution géologique de la région, caractérisée par une succession d'affaissements, de comblements et de rajeunissements tectoniques, a favorisé l'apparition et le développement d'une flore et d'une faune d'une très grande diversité : fossiles et crocodiles marins, ammonites, fougères, empreintes de crapauds géants et de dinosaures et surtout l'étonnant plésiosaure dont les conditions exceptionnelles de fossilisation ont permis une parfaite reconstitution.

Mais, comme se plait à le souligner A. Vernhet, le département de l'Aveyron est aussi très riche en vestiges préhistoriques. Présent sur les Causses depuis le Paléolithique Moyen, vers 80.000 / 50.000 ans, l'homme a ainsi laissé de nombreuses traces de son passage au cours des différentes époques. Outre les objets habituels : armes de chasse, outils et ustensiles divers … permettant de suivre le processus de sédentarisation et d'éveil à l'art, le plus surprenant est cependant le nombre important de crânes humains trépanés que l'on a découverts dans la région, (plus de 200). En préliminaire à la visite du site archéologique de la Graufesenque A. Vernhet nous fait enfin découvrir les vestiges de l'époque gallo-romaine : céramiques sigillées, c'est-à-dire estampillées à l'aide de poinçons (du latin sigilla), objets du culte et d'offrandes aux morts, sépultures à incinération et surtout le plus long texte gaulois connu à ce jour, gravé sur une plaque de plomb.

Après la visite du Musée nous nous rendons, en autocar, sur le site de la Graufesenque situé à deux kilomètres au sud de Millau, au confluent du Tarn et de la Dourbie.


Biberon en terre cuite : le lait placé dans l'amphore était tété par les naseaux

Les fouilles effectuées sur le site qui s'étend dans la plaine alluviale de la Graufesenque, sur une superficie de 15 hectares, ont mis au jour les restes d'une agglomération gallo-romaine appelée Condatomagus (le marché du confluent). Au premier siècle de notre ère, plus de 600 ateliers de potiers, (esclaves gaulois travaillant sous les directives et pour le compte des romains précise A. Vernhet), fabriquaient là une vaisselle en terre cuite rouge, dite sigillée qui était exportée dans tout l'empire romain. Millau était alors la capitale de la céramique antique. Dans le secteur aménagé pour la visite nous avons pu voir : des ateliers de potiers avec les entrepôts d'argile, des bassins de décantation, des séchoirs à poteries, des dépotoirs de vaisselle cassée ou mal cuite, des sanctuaires, des maisons d'habitations et les grands fours à bois, pouvant contenir jusqu'à 40 000 vases ou la production était cuite à 1000° C.

Selon A. Vernhet, l'extinction du site serait due à l'épuisement de la ressource en combustible, la montée en température des fours de cuisson jusqu'à 1000° C nécessitant d'énormes quantités de bois (40 à 60 stères par chargement).


Le soubassement du four à poteries montrant l'accès vers le foyer


Le repas pris en commun au terme de ces visites fut ensuite un agréable moment de convivialité avant de reprendre l'autocar pour le chantier du viaduc autoroutier de Millau.


Le groupe devant le dispositif de levage du tablier

Situé à environ 10 km à l'ouest de Millau ce viaduc, qui doit relier le Causse noir et le Causse rouge, constitue le dernier maillon de l'autoroute A75 Clermont-Ferrand-Béziers. Dessiné par l'architecte anglais Lord Norman Foster et entièrement financé et réalisé par le groupe Eiffage, cet ouvrage est exceptionnel tant par son coût, 310 millions d'euros, que par ses particularités techniques et esthétiques : longueur 2460 m, hauteur 343 m au sommet des pylônes, (record mondial de hauteur), surface à la base des piles 200 m2 pour une surface porteuse au sommet d'à peine 30 m2, tablier métallique, associant finesse et légèreté, en forme d'aile d'avion renversée...

Après la projection vidéo qui nous permit de prendre connaissance des données techniques de l'ouvrage et de certains aspects spécifiques totalement originaux de la construction, la visite guidée effectuée en autocar jusqu'aux plates-formes de lancement du tablier, en bordure du Causse, fut l'occasion de découvrir l'ampleur "pharaonique" du chantier et les moyens exceptionnels mis en œuvre pour la réalisation de cet ouvrage. Le viaduc devrait être ouvert aux usagers en 2005.


Les piles P2 à P7, en légère courbe pour résister au vent
Cette deuxième journée bien remplie se termine par le retour en car vers Saint-Jean où nous retrouvions nos voitures à 19h30.

Textes de Henri DALENS et Serge BORIES, photos Gérard ABRAVANEL

retour