Mercredi 29 Février 2012 : « La facture de clavecins » - Montpellier

C'est dans de tous nouveaux locaux, spacieux, clairs et « historiques » - l'un des murs enchâsse un porche datant du XVIIIè siècle (photo) -, que Martine Argellies a choisi de continuer d'exercer le métier de facteur de clavecins qu'elle pratique depuis 1981. C'est que, après nous être documentés par le passé, au cours de nos diverses visites, sur la manufacture du violon, la manufacture de pianos, puis la manufacture des orgues, nous souhaitions revenir à un instrument plus intimiste : le clavecin.

photo Tout comme déjà constaté ailleurs, le métier est extrêmement varié, allant du travail des matériaux - divers bois et fers -, à l'acoustique et à la décoration, le tout s'appuyant nécessairement sur un socle historique. Rares sont les femmes qui s'y adonnent. Martine Argellies a choisi, quant à elle, de créer des instruments neufs à partir de plans des XVIIè et XVIIIè siècles, ou bien de relevés sur instruments d'époque conservés dans des musées, prenant en compte les concepts issus de diverses écoles musicales du clavecin. Il lui a donc fallu sélectionner les bois, celui des caisses d'abord, plus ou moins dense, puis l'épicéa destiné aux tables d'harmonie, ces pièces en forme d'aile qui amplifient les résonnances des instruments, renforcées et raidies par la disposition savante des barrages ; sans oublier enfin le poirier des sautereaux - petites réglettes de bois qui montent sous l'impulsion donnée par le clavier, ce qui va « pincer » la corde, avant de retomber sous leur propre poids - ainsi que le buis de leurs languettes pivotantes. Il fallait ensuite retrouver le fer, pour les chevilles et les cordes, avec toutes ses impuretés d'époque, afin de se rapprocher au mieux des caractéristiques mécaniques et acoustiques d'alors. Ces recherches ont amené Martine Argellies à mettre progressivement au point une gamme de clavecins appartenant aux trois grandes écoles historiques : italienne, flamande, puis française, chacune caractérisée par un type particulier de sonorité : on parle de rondeur, de sécheresse, de mordant, de clarté, de précision d'attaque. Tout ceci est manufacturé, dans le vrai sens du terme, sur commande, avec 1 ou 2 claviers dont l'harmonisation et les réglages se font en accord avec les goûts du destinataire, tout en tenant compte du répertoire très vaste des compositions pour l'instrument. Bien évidemment, le LA est transposable de 415 à 440 Hz, selon que l'interprète souhaite un diapason ancien ou » international ». Artistiques enfin, outre l'harmonisation, sont les décorations de la table d'harmonie ou du couvercle de l'instrument - avec peinte à la détrempe -, ainsi que le piètement plus ou moins chantourné de la caisse.

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C'est tout ceci que Martine Argellies nous a expliqué par le détail, avec démonstrations sonores à l'appui, y inclus sur un modèle récemment créé de « clavicytherium », clavecin dressé verticalement (photo), bien utile en cas de place au sol réduite, au toucher plus léger que les instruments anciens de même type. Les instruments issus de l'atelier, épinette ou clavecin, sont tout à fait reconnus dans le monde musical, amateur comme professionnel (Opéras, Conservatoires...).

Nous avons donc passé une après-midi à la fois extrêmement instructive et ...mélodieuse.

Et si jamais vous vouliez changer, en musique, une corde à votre clavecin, regardez donc M. Argellies vous indiquer comment le faire sur le site : baroquenmd.viabloga.com/mon_instrument.shtml

Photos : Gérard Mennessier

Françoise Plénat

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