Voyage aux chateaux cathares, du 5 juin au 8 juin 2005

Fascinés par la fabuleuse et tragique histoire des cathares, quelques membres de notre groupe (une douzaine seulement répartie en 4 voitures particulières) se sont retrouvés à Narbonne, le dimanche 5 juin à midi, sous un ciel éclatant mais un soleil torride, afin de partir à la découverte de ces «forteresses du vertige», chargées de mystère et d’énigmes encore mal élucidées.

Un peu lassés par nos 450 km d’autoroute avalés d’un trait depuis 7 heures du matin, une halte assez prolongée à la merveilleuse abbaye cistercienne de Fontfroide, très proche de Narbonne, fut la bienvenue. Fondée à la fin du XIe siècle, cette vaste enceinte fut l’un des bastions les plus actifs de la croisade contre les Albigeois. Remarquablement restaurée, son histoire nous fut contée par une guide passionnée d’archéologie dont la faconde toute méridionale sut captiver notre attention. Renonçant avec peine à l’enchantement de ces lieux, en particulier du cloître et de la magnifique roseraie du monastère, nous poursuivons notre route pour aboutir, en fin d’aprèsmidi, au petit village médiéval de Lagrasse, considéré comme l’un des plus beaux du Sud de la France (mais il y en a tant, il est vrai !).

Après la visite assez rapide (la fatigue se faisant sentir) d’une nouvelle abbaye, intéressante par ses bâtiments moyenâgeux qui jouxtent une partie du XVIIIe siècle, nous nous installons avec plaisir dans une agréable auberge au milieu des vignobles et des collines de genêts. Un dîner joyeux, agrémenté des saveurs de la gastronomie locale, nous remettait en forme pour affronter la journée très chargée du lendemain.

De bon matin, toujours sous un ciel limpide, nous partons à l’assaut des principaux châteaux cathares : Villerouge-Termenès, le premier sur notre route, au cœur d’un paisible petit hameau médiéval où fut brûlé, en 1321, le dernier des cathares qu’on appelait «Parfaits» parce qu’ils représentaient en quelque sorte les pasteurs du troupeau (bien qu’il n’y eût ni clergé ni sacrements dans le catharisme qui n’était pas, à proprement parler, une religion).

Nous entreprenons ensuite l’escalade du célèbre château de Peyrepertuse, perché sur son rocher à 800 m d’altitude ; la chaleur accablante en cette fin de matinée, sur un sentier abrupt et vertigineux, en découragèrent certains. Le château voisin de Quéribus n’était pas d’accès plus facile mais les vestiges imposants de cette fortification, dernier retranchement de la résistance cathare qui tombe en 1255, quelques années après la chute de Montségur, récompensèrent les plus courageux. Malgré tout, exténués par tant d’efforts, nous redescendîmes à Cucugnan pour déjeuner dans une auberge champêtre, au pied d’un moulin rappelant celui d’Aphonse Daudet, en méditant sur le sermon du célèbre curé qui immortalisa cette commune.

L’après-midi ne fut guère plus reposante mais nous avions une telle frénésie de découvertes que nous n’avons pu résister à l’attrait du château de Puilaurens, édifié au Xe siècle sur un éperon rocheux dominant la vallée et offrant un exemple intéressant d’architecture militaire assurant la défense de la frontière d’Aragon. Délaissant, sur notre route, plusieurs châteaux souvent très rapprochés que l’on contemplait au passage, nous nous dirigions vers Quillan où une résidence accueillante nous attendait pour la nuit.

Notre troisième journée devait connaître l’étape la plus attendue : celle de Montségur qui attire le plus grand nombre de touristes. Il faut dire que le site est non seulement chargé de l’histoire la plus tragique du catharisme, mais qu’il est aussi particulièrement impressionnant et accidenté. La forteresse se dresse sur un immense roc qu’on appelle le «pog de Montségur» sorte de gigantesque pain de sucre, isolé de toute part, à 1270 m d’altitude, dominant un vaste panorama d’herbages et de forêts austères. Vision saisissante qui, d’en bas, suscite l’interrogation : comment une telle construction at- elle pu être érigée au sommet d’un piton aussi escarpé ? Son origine est d’ailleurs mal connue ; on y a retrouvé des traces de la préhistoire et des vestiges romains mais c’est surtout à l’époque de l’hérésie cathare et de l’inquisition que Montségur prit toute son importance et devint le symbole de la résistance cathare. De hauts dignitaires se rassemblèrent dans la citadelle reconstruite et fortifiée en 1204 ; un «castrum», petit village de «simples» cathares se blottit sous les remparts pour chercher protection. Dans le mépris des choses terrestres qui caractérise la doctrine manichéenne du catharisme, les habitants de Montségur résistèrent courageusement pendant plus de 10 mois au siège impitoyable ordonné par le pouvoir royal. L’inévitable reddition, en 1244, devait aboutir au supplice de plus de 200 croyants qui, refusant d’abjurer leur foi, périrent sur l’immense bûcher allumé au pied de la montagne.

L’esprit hanté par cette tragédie et les interrogations qu’elle suscite, nous souhaitions trouver plus d’information sur le dogme et les préceptes de cette «religion» qui avait fait tant de martyrs et sur laquelle nous n’avions, à travers les explications de nos guides, que des notions bien confuses. Un musée et une exposition sur le catharisme qu’on nous avait signalée à Arques, semblait pouvoir répondre à notre attente. Notre après-midi fut ainsi, en partie, consacrée à la visite de la maison d’un historien, Déodat Roché, où se trouve rassemblée une intéressante documentation permettant d’appréhender le catharisme sous ses divers aspects tant religieux que philosophiques et politiques, avec des indications très détaillées sur les usages et la vie quotidienne des cathares.

Sur notre route, ensuite, nous découvrons avec étonnement le château d’Arques qui n’était pas à notre programme car il ne concerne pas vraiment l’histoire des cathares mais qui méritait bien notre attention. Situé au milieu de la plaine sur un très léger promontoire, il contrastait singulièrement avec les forteresses que nous venions d’escalader. Remontant au XIIIe siècle mais tombé en ruine à la Révolution, il ne fut restauré qu’à la fin du XIXe siècle après avoir été classé monument historique. Son architecture originale, caractérisée par un donjon quadrangulaire haut de 25 m environ flanqué de 4 échauguettes et de curieuses fenêtre ogivales, l’a rendu célèbre depuis qu’il est ouvert au public. Oubliant le temps qui nous était compté, nous grimpons allègrement les 4 étages du donjon dont les salles d’habitation ou de défense sont toutes plus intéressantes les unes que les autres. Enthousiasmés par cette nouvelle découverte, nous flânons, nous contemplons et nous prenons de plus en plus de retard sur notre horaire... En jetant encore au passage un rapide coup d’oeil sur les abbayes plus modestes de St Hilaire et de St Polycarpe, nous atteignons tout de même Carcassonne avant le coucher du soleil. L’enchantement de sa lumière dorée sur les prestigieux remparts et la découverte de notre gîte dans une accueillante maison d’hôtes cachée au milieu des vignes sur une colline imprégnée des senteurs provençales, terminaient, dans l’euphorie, cette journée si bien remplie. L’accueil chaleureux de nos hôtesses, typiquement méridionales, autour d’un apéritif amical au bord de la piscine, complétait l’atmosphère conviviale de cette dernière halte.

Notre merveilleux périple devait, en effet, s’achever le lendemain et notre dîner très couleur locale, dans l’une des ruelles pittoresques de la vieille cité médiévale, était déjà quelque peu teinté de la nostalgie du retour...Nous nous accordions, néanmoins, le lendemain matin avant le départ, une longue visite commentée de la citadelle que la plupart d’entre nous connaissait déjà mais dont l’envoûtement reste toujours le même. Il fallut bien, enfin, reprendre chacun notre route mais nous avions fait une provision d’excellents souvenirs tant touristiques que culturels et les nouveaux projets que nous avions échafaudés avant de nous séparer, étaient déjà pleins de promesses.

Marie-Angèle Pérot-Morel

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