Fascinés par la fabuleuse et tragique histoire des
cathares, quelques membres de notre groupe (une
douzaine seulement répartie en 4 voitures particulières)
se sont retrouvés à Narbonne, le dimanche 5
juin à midi, sous un ciel éclatant mais un soleil torride,
afin de partir à la découverte de ces «forteresses du
vertige», chargées de mystère et d’énigmes encore mal
élucidées.
Un peu lassés par nos 450 km d’autoroute avalés
d’un trait depuis 7 heures du matin, une halte
assez prolongée à la merveilleuse abbaye cistercienne
de Fontfroide, très proche de Narbonne,
fut la bienvenue. Fondée à la fin du XIe siècle,
cette vaste enceinte fut l’un des bastions les plus
actifs de la croisade contre les Albigeois.
Remarquablement restaurée, son histoire nous fut
contée par une guide passionnée d’archéologie
dont la faconde toute méridionale sut captiver
notre attention. Renonçant avec peine à l’enchantement
de ces lieux, en particulier du cloître et de
la magnifique roseraie du monastère, nous poursuivons
notre route pour aboutir, en fin d’aprèsmidi,
au petit village médiéval de Lagrasse, considéré
comme l’un des plus beaux du Sud de la
France (mais il y en a tant, il est vrai !).
Après la visite assez rapide (la fatigue se faisant
sentir) d’une nouvelle abbaye, intéressante par ses
bâtiments moyenâgeux qui jouxtent une partie du
XVIIIe siècle, nous nous installons avec plaisir
dans une agréable auberge au milieu des vignobles
et des collines de genêts. Un dîner joyeux, agrémenté
des saveurs de la gastronomie locale, nous
remettait en forme pour affronter la journée très
chargée du lendemain.
De bon matin, toujours sous un ciel limpide, nous
partons à l’assaut des principaux châteaux cathares :
Villerouge-Termenès, le premier sur notre route, au
cœur d’un paisible petit hameau médiéval où fut
brûlé, en 1321, le dernier des cathares qu’on appelait
«Parfaits» parce qu’ils représentaient en quelque
sorte les pasteurs du troupeau (bien qu’il n’y eût ni
clergé ni sacrements dans le catharisme qui n’était
pas, à proprement parler, une religion).
Nous entreprenons ensuite l’escalade du célèbre château
de Peyrepertuse, perché sur son rocher à 800 m
d’altitude ; la chaleur accablante en cette fin de matinée,
sur un sentier abrupt et vertigineux, en découragèrent
certains. Le château voisin de Quéribus
n’était pas d’accès plus facile mais les vestiges imposants
de cette fortification, dernier retranchement de
la résistance cathare qui tombe en 1255, quelques
années après la chute de Montségur, récompensèrent
les plus courageux. Malgré tout, exténués par
tant d’efforts, nous redescendîmes à Cucugnan pour
déjeuner dans une auberge champêtre, au pied d’un
moulin rappelant celui d’Aphonse Daudet, en méditant
sur le sermon du célèbre curé qui immortalisa
cette commune.
L’après-midi ne fut guère plus reposante mais nous
avions une telle frénésie de découvertes que nous
n’avons pu résister à l’attrait du château de
Puilaurens, édifié au Xe siècle sur un éperon rocheux
dominant la vallée et offrant un exemple intéressant
d’architecture militaire assurant la défense de la
frontière d’Aragon. Délaissant, sur notre route, plusieurs
châteaux souvent très rapprochés que l’on
contemplait au passage, nous nous dirigions vers
Quillan où une résidence accueillante nous attendait
pour la nuit.
Notre troisième journée devait connaître l’étape la plus
attendue : celle de Montségur qui attire le plus grand
nombre de touristes. Il faut dire que le site est non seulement
chargé de l’histoire la plus tragique du catharisme,
mais qu’il est aussi particulièrement impressionnant
et accidenté. La forteresse se dresse sur un immense
roc qu’on appelle le «pog de Montségur» sorte de
gigantesque pain de sucre, isolé de toute part, à 1270 m
d’altitude, dominant un vaste panorama d’herbages et
de forêts austères. Vision saisissante qui, d’en bas, suscite
l’interrogation : comment une telle construction at-
elle pu être érigée au sommet d’un piton aussi escarpé
? Son origine est d’ailleurs mal connue ; on y a
retrouvé des traces de la préhistoire et des vestiges
romains mais c’est surtout à l’époque de l’hérésie cathare
et de l’inquisition que Montségur prit toute son
importance et devint le symbole de la résistance cathare.
De hauts dignitaires se rassemblèrent dans la citadelle
reconstruite et fortifiée en 1204 ; un «castrum»,
petit village de «simples» cathares se blottit sous les remparts
pour chercher protection. Dans le mépris des
choses terrestres qui caractérise la doctrine manichéenne
du catharisme, les habitants de Montségur résistèrent
courageusement pendant plus de 10 mois au siège
impitoyable ordonné par le pouvoir royal. L’inévitable
reddition, en 1244, devait aboutir au supplice de plus
de 200 croyants qui, refusant d’abjurer leur foi, périrent
sur l’immense bûcher allumé au pied de la montagne.
L’esprit hanté par cette tragédie et les interrogations
qu’elle suscite, nous souhaitions trouver plus d’information
sur le dogme et les préceptes de cette «religion»
qui avait fait tant de martyrs et sur laquelle nous
n’avions, à travers les explications de nos guides, que
des notions bien confuses. Un musée et une exposition
sur le catharisme qu’on nous avait signalée à Arques,
semblait pouvoir répondre à notre attente. Notre
après-midi fut ainsi, en partie, consacrée à la visite de
la maison d’un historien, Déodat Roché, où se trouve
rassemblée une intéressante documentation permettant
d’appréhender le catharisme sous ses divers
aspects tant religieux que philosophiques et politiques,
avec des indications très détaillées sur les usages et la vie
quotidienne des cathares.
Sur notre route, ensuite, nous découvrons avec
étonnement le château d’Arques qui n’était pas à
notre programme car il ne concerne pas vraiment
l’histoire des cathares mais qui méritait bien notre
attention. Situé au milieu de la plaine sur un très léger
promontoire, il contrastait singulièrement avec les
forteresses que nous venions d’escalader. Remontant
au XIIIe siècle mais tombé en ruine à la Révolution, il
ne fut restauré qu’à la fin du XIXe siècle après avoir été
classé monument historique. Son architecture originale,
caractérisée par un donjon quadrangulaire haut
de 25 m environ flanqué de 4 échauguettes et de
curieuses fenêtre ogivales, l’a rendu célèbre depuis
qu’il est ouvert au public. Oubliant le temps qui nous
était compté, nous grimpons allègrement les 4 étages
du donjon dont les salles d’habitation ou de défense
sont toutes plus intéressantes les unes que les autres.
Enthousiasmés par cette nouvelle découverte, nous
flânons, nous contemplons et nous prenons de plus
en plus de retard sur notre horaire... En jetant encore
au passage un rapide coup d’oeil sur les abbayes plus
modestes de St Hilaire et de St Polycarpe, nous atteignons
tout de même Carcassonne avant le coucher du
soleil. L’enchantement de sa lumière dorée sur les
prestigieux remparts et la découverte de notre gîte
dans une accueillante maison d’hôtes cachée au
milieu des vignes sur une colline imprégnée des senteurs
provençales, terminaient, dans l’euphorie, cette
journée si bien remplie. L’accueil chaleureux de nos
hôtesses, typiquement méridionales, autour d’un apéritif
amical au bord de la piscine, complétait l’atmosphère
conviviale de cette dernière halte.
Notre merveilleux périple devait, en effet, s’achever
le lendemain et notre dîner très couleur locale, dans
l’une des ruelles pittoresques de la vieille cité médiévale,
était déjà quelque peu teinté de la nostalgie du
retour...Nous nous accordions, néanmoins, le lendemain
matin avant le départ, une longue visite
commentée de la citadelle que la plupart d’entre
nous connaissait déjà mais dont l’envoûtement
reste toujours le même. Il fallut bien, enfin,
reprendre chacun notre route mais nous avions fait
une provision d’excellents souvenirs tant touristiques
que culturels et les nouveaux projets que
nous avions échafaudés avant de nous séparer,
étaient déjà pleins de promesses.
Marie-Angèle Pérot-Morel
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