Les recherches en sciences de l’environnement sont
aujourd’hui une priorité affichée du CNRS. Par leur
caractère interdisciplinaire, par l’approche nécessairement
internationale qu’elles requièrent, par le lien
qu’elles impliquent avec l’expertise et la décision
publique, par l’exigence d’information des citoyens
sur les enjeux des changements environnementaux
qu’elles sous-tendent, elles sont à bien des égards
exemplaires des grandes orientations stratégiques
que le CNRS a définies dans son Projet d’établissement
adopté en février 2002. Elaboré dans une large
concertation avec les acteurs internes et externes du
CNRS, celui-ci a pour objet de tracer les voies stratégiques
d’une nécessaire réforme permettant à l’organisme
de jouer pleinement son rôle dans le dispositif
national de recherche. En partant de la problématique
du changement climatique et en montrant
comment celle-ci conduit à une approche renouvelée
de l’interdisciplinarité, de l’expertise et de la diffusion
des savoirs, nous serons ainsi conduits à
mettre en évidence la stratégie renouvelée du CNRS
à l’horizon des dix prochaines années, dont l’ambition
est de placer le Centre, principal organisme
public de recherche en France, couvrant l’ensemble
des champs disciplinaires, en position de répondre
aux nouveaux défis de la science et à sa mission première
de recherche fondamentale au service de
l’avancée des connaissances et du développement
économique, social et culturel du pays.
Les changements climatiques : une évolution
sans précédent dans l’histoire de l’humanité
L'environnement de la Terre est régi par un équilibre
dynamique et non statique. Depuis la formation
de notre planète, il y a quatre milliards et demi
d'années, la composition chimique de l'atmosphère
a continûment changé à l'échelle des temps géologiques,
passant d'une atmosphère originelle, essentiellement
réductrice, au mélange azote-oxygène
qui caractérise l'atmosphère actuelle. L'apparition
de la vie sur la Terre est d'ailleurs directement liée à
ce caractère oxydant de l'atmosphère terrestre qui
constitue un fait unique dans l'ensemble des planètes
du système solaire. Jusqu'au début du 20ème
siècle, cette évolution de notre planète, que les
archives glaciaires et sédimentaires permettent de
relier aux grandes oscillations climatiques, trouve
son origine dans des phénomènes naturels.
L'explosion démographique, le développement des
activités industrielles et agricoles, la multiplication
des moyens de transport ont entraîné au cours des
deux cents dernières années un changement profond
de notre environnement.
Ainsi, l’augmentation du fait des émissions
anthropiques des concentrations des gaz à effet de
serre dans l’atmosphère a conduit, depuis le début
de l’ère industrielle, à un effet de serre additionnel
qui influence directement le climat terrestre. La
température moyenne de la Terre a augmenté au
cours du 20ème siècle de 0,6°C. Dans le même
temps, le niveau des océans s’est élevé d’une valeur
comprise entre 10 cm et 20 cm. Si la validité de la
notion de valeur moyenne pour des variables
comme la température de la Terre ou le niveau des
mers reste un sujet de débat, compte tenu de la
forte variabilité spatiale et temporelle observée des
phénomènes climatiques, ces grandeurs n’en
constituent pas moins des indicateurs quantitatifs
du changement climatique en cours.

Les projections faites à l’aide des modèles les plus
récents prédisent à l’horizon de la fin du 21ème
siècle une élévation moyenne de la température
comprise entre 1,4 et 5,8°C. Au-delà de cette
variation moyenne, il mettent également en évidence
une variabilité accrue qui viendra, à plus
court terme, se superposer à la variabilité naturelle
du climat. Du fait d’une évaporation accrue et
d’un surcroît d’énergie disponible dans l’atmosphère
dans un climat plus chaud, on pourrait
ainsi voir augmenter la fréquence des phénomènes
extrêmes (sécheresse, pluies diluviennes, tempêtes...),
ou même voir apparaître brutalement, en
l’espace de quelques décennies, des perturbations
résultant du caractère non linéaire du système climatique.
Certains modèles prédisent ainsi que la
circulation océanique profonde, qui prend naissance
dans l’Océan Atlantique Nord, se ralentit
dans un climat plus chaud. La modification du
Gulf Stream, qui pourrait en résulter, aurait certainement
des conséquences importantes sur le
climat de l’Europe de l’Ouest.

Les perturbations apportées par l’homme à l’environnement
de la Terre vont donc se traduire par un
changement climatique à l’échéance des prochaines
décennies qui affectera très probablement l’ensemble
des écosystèmes. Parmi ceux-ci, les écosystèmes
côtiers et de montagne, particulièrement fragiles,
seront profondément atteints. Le cycle de l’eau sera
perturbé avec des précipitations accrues aux
moyennes et hautes latitudes et des sécheresses plus
importantes aux latitudes tropicales, augmentant les
risques de disette alimentaire et de famine. La répartition
des ressources en eau sera également modifiée,
source de conflits potentiels. L’élévation du niveau
des mers et l’augmentation de la fréquence des événements
extrêmes se traduiront par des risques accrus
d’inondations et de tempêtes. Enfin, dans le domaine
de la santé, un risque de recrudescence des maladies
infectieuses (paludisme, fièvre jaune, encéphalites
virales) pourrait exister. Au-delà de ces atteintes
directes, la vulnérabilité des populations dépendra
certainement de leur accès aux ressources naturelles,
techniques et sociales. Notre capacité de prédiction
de l’évolution des climats futurs reste toutefois limitée
par la difficulté, d’une part de modéliser le système
complexe de l’environnement terrestre, d’autre
part de prévoir l’efficacité, à l’échelle du prochain
siècle, des mesures de régulation des émissions de gaz
à effet de serre prises dans le cadre de la Convention
de Rio de Janeiro et du Protocole de Kyoto.
Les recherches conduites au cours des dernières
années ont permis des progrès importants dans la
compréhension des mécanismes qui régissent les différents
compartiments de l’environnement terrestre :
atmosphère, océan, biosphère, cryosphère, surfaces
continentales. système de l’environnement terrestre.
Elles ont aussi révélé le caractère complexe d’un système
qui se caractérise notamment par une imbrication
forte des échelles spatiales et temporelles, du
local au global, et qui, de ce fait, induit une relation
entre les différents problèmes d’environnement :
changement climatique, ressources en eau, biodiversité,
pollution de l’air, des sols, des océans... Nous
savons que notre planète est aujourd’hui soumise à
des forçages dus aux activités humaines qui sont hors
de limites de la variabilité naturelle connue, au moins
à l’échelle du dernier demi-million d’années. La
nature des changements induits par l’homme dans
l’environnement planétaire, leur intensité, à la fois
amplitude et rapidité, sont sans précédent dans l’histoire
de l’humanité, et probablement dans toute
l’histoire de la Terre. Celle-ci est entrée dans une évolution
sans analogue dans le passé.
Ces recherches ont également démontré toute
l’importance des couplages entre ces compartiments,
qu’ils concernent l’énergie ou la matière,
dans la mesure où ceux-ci induisent une part
importante de la variabilité naturelle, et où ils sont
porteurs d’effets de seuil et de non-linéarités, limitant
par là même notre capacité de prévision. Mais
nous ne savons toujours pas où se situent ces seuils
critiques, ni quels sont les états potentiellement
stables du système de l’environnement. D’où
l’ampleur des incertitudes aussi bien sur le fonctionnement
du système que sur les scénarios du
futur et la mise en perspective des différents types
de risques auxquels nous serons soumis.
Quelle stratégie de recherche en sciences de
l’environnement ?
Comment alors faire face au défi posé par le fait que
les changements planétaires induits dans notre environnement
viennent se superposer aux problèmes
existants que posent l’état de pauvreté, les maladies,
la malnutrition d’une large part de l’humanité ?
Certaines sociétés pourront s’adapter aux changements,
d’autres, et ce sont les plus nombreuses, ne le
pourront pas dans l’état actuel de leurs perspectives
de développement. Quelles réponses leur apporter
alors même que nos modes de développement sont
eux-mêmes incompatibles avec un développement
durable de la planète ? Comment enfin, face à cette
complexité et à ce changement dans les relations
entre l’homme et la nature, définir une ou des stratégies
de recherche pertinentes ?
![]() |
Dans le domaine des sciences de l’environnement,
les programmes de recherche, nationaux et internationaux
sont aujourd’hui en pleine mutation. Ils
intègrent dans leurs nouveaux modes d’organisation
les avancées scientifiques des dernières décennies
et mettent de plus en plus l’accent sur les
notions de cycles et de couplages, sur la prévision
climatique ou celle des ressources en eau, sur l’influence
des variables d’environnement sur les
maladies infectieuses, sur la biodiversité et le fonctionnement
des écosystèmes, sur l’ingénierie des
territoires, sur la gestion des risques, sur celle des
ressources en liaison avec les modes de développement,
sur les énergies nouvelles et les matériaux du
futur. En insistant sur la nécessité de mener de
front des recherches dans ces différents domaines
- compréhension du système naturel de l’environnement
et de son évolution sous l’influence des
activités humaines, recherches amont sur les
modes de production d’énergie, recherche aval sur
les impacts et les enjeux économiques et sociaux -
ils confirment et amplifient le caractère pluridisciplinaire
des sciences de l’environnement. |
En modifiant les relations entre natures et sociétés,
l’action de l’homme sur l’environnement implique
donc une conception nouvelle des recherches sur
l’environnement, qui intègre aussi bien l’étude des
milieux naturels et de leur devenir, que l’ensemble
des questions socio-économiques que sous-tendent
les problèmes d’analyse des risques environnementaux,
de prospective économique dimensionnante
des modes de production d’énergie,
d’adaptabilités technique et sociale, d’analyse juridique
des modes de gouvernance, d’analyse sociale
des jeux d’acteurs qui conduisent aux prises de
décision. Au-delà des outils classiques que constituent
par exemple les programmes interdisciplinaires,
qu’ils soient nationaux, européens ou internationaux,
c’est l’émergence d’une communauté
de chercheurs en sciences de l’environnement,
fondée sur l’ensemble des compétences disciplinaires,
qui doit être aujourd’hui favorisée. Enjeu
difficile, qui implique un décloisonnement disciplinaire,
et donc une prise de risque qui transgresse
les habitudes, et qui, au delà des bonnes intentions,
ne pourra être abordé que par une action
volontariste des différentes communautés.
L’interdisciplinarité : un enjeu majeur pour le CNRS
Illustrée par les sciences de l’environnement, l’interdisciplinarité
est un enjeu majeur pour le CNRS,
d’autant que la richesse disciplinaire du Centre
constitue un atout pour sa mise en œuvre. Elle est
aujourd'hui impliquée dans la plupart des grandes
thématiques qui structurent la recherche fondamentale
et l'étude des systèmes complexes est l'un des
moteurs les plus puissants du progrès scientifique.
Ce contexte général d’évolution de la science et
notamment l’importance prise par les défis et les
enjeux de la complexité conduisent alors le CNRS à
définir sa politique scientifique autour de la pratique
et de la pensée de l’interdisciplinarité, qui vise à
construire en commun des objets de recherche, et les
outils de pensée que ceux-ci requièrent. Cette
réflexion s’accompagne d’une nécessaire redéfinition
des modes d’évaluation et de prise en considération
d’une «demande sociale» qui, s’exprimant de plus en
plus fortement, est portée par des acteurs extrêmement
diversifiés. De ce fait, elle ne reflète qu'indirectement
les «attentes de la société» qu'elle prétend
exprimer et l’enjeu principal est alors de mettre en
place des procédures permettant d’organiser et de
rationaliser le débat public autour des enjeux de la
science, dans un travail d’élaboration démocratique
des choix scientifiques, dont le CNRS se veut un des
acteurs principaux.
Il importe donc que l'organisme puisse permettre
aux différentes formes d'interdisciplinarité de se
développer, qu'elles relèvent d'une pluridisciplinarité
de proximité et de complémentarité entre disciplines
voisines, d'une pluridisciplinarité d'objectifs,
pour l'étude d'un système complexe, ou
même d'une pluridisciplinarité exploratoire. En
mobilisant ainsi l’apport des différentes disciplines,
le CNRS démontre que sa démarche stratégique
et scientifique correspond à une vision
d’ensemble cohérente de l’évolution de l’organisme,
et non à la simple agrégation de politiques
disciplinaires. Il est en particulier important de
bien apprécier que les priorités affichées actuellement
par les pouvoirs publics pour les sciences du
vivant, les sciences de l’information et de la communication
et les sciences de l’environnement, en
interface avec les sciences de l’homme et de la
société, ne peuvent se décliner de façon efficace
que dans un tel cadre d’interdisciplinarité.
La politique scientifique définie par le CNRS se
donne donc pour objectif principal d’articuler
interdisciplinarité et évolution des champs disciplinaires.
Elle se structure ainsi autour d’axes interdisciplinaires
qui affichent délibérément des thématiques
en prise sur les enjeux de société : «mécanismes
du vivant, de la molécule aux systèmes» ;
«information, communication et connaissance, des
systèmes d’information à la communication sociale
» ; « environnement, énergie et développement
durable» ; «nanosciences et sciences des matériaux»;
«particules élémentaires et compréhension de
l’Univers». Mais ces axes interdisciplinaires ne sauraient
bien évidemment résumer à eux seuls l’ensemble
de l’activité scientifique du Centre. Ainsi,
mettre l’accent sur les sciences du vivant, les
sciences de l’information et de la communication
ou les sciences de l’environnement implique d’identifier
simultanément les besoins en recherche
induits dans les autres disciplines mathématiques,
physique, chimie, sciences humaines et sociales…,
et de préserver le «cœur» des disciplines d’où naîtront
les futures avancées scientifiques, et donc les
priorités de demain.
Le CNRS bénéficie d’atouts importants dans la
mesure où l’interdisciplinarité ne peut fonctionner
qu’avec un personnel scientifique et technique de
grande qualité et qu’elle doit être fondée sur une
maîtrise forte des disciplines. Une réflexion plus
approfondie sur la structuration même de l’organisme
doit conduire aujourd’hui à la mise en
œuvre d’outils innovants de l’interdisciplinarité.
Celle-ci doit prendre en compte l’ensemble de la
chaîne d’élaboration des connaissances : prospective,
structures de recherche, moyens humains et
évaluation. Les obstacles sont nombreux qui ne
mettent pas en cause seulement le chercheur et ses
pratiques, mais également son positionnement
dans les institutions de recherche et l’organisation
même de celles-ci. Le cloisonnement disciplinaire
et sous-disciplinaire reste fort, aussi bien dans les
organismes que dans l’enseignement supérieur. Il
s’étend au-delà dans l’organisation des sociétés
savantes et dans les modes de communication
scientifiques, qu’il s’agisse des colloques ou des
journaux spécialisés. Il va même parfois jusqu’à
assimiler l’aspect fondamental d’une recherche à
son caractère analytique et réducteur.
Affichée comme un objectif stratégique prioritaire
du CNRS, l’interdisciplinarité doit être soumise à
une évaluation rigoureuse et permanente, tant stratégique
que scientifique. Cela suppose d’adapter les
modes d’organisation et les constantes de temps de
l’évaluation à ses spécificités. Par ailleurs, la constitution
de communautés scientifiques interdisciplinaires
requiert une action qui s’inscrit nécessairement
dans la durée. Celle-ci doit mobiliser autour
de cet objectif stratégique les différents outils dont
dispose l’organisme pour à la fois favoriser la mobilité
thématique et recruter le sang neuf nécessaire à
l’émergence des champs nouveaux. Enfin, l’importance
d’une visibilité externe forte des actions interdisciplinaires
conduites par le CNRS rend plus que
jamais nécessaire une politique de communication
volontariste et une réflexion approfondie sur la
capacité d’expertise ainsi créée et sur la façon efficace
de la mettre en œuvre.
Une stratégie renouvelée pour le CNRS
La définition abordée ci-dessus d’une politique
scientifique conduisant à définir des priorités thématiques,
pérennes ou émergentes, disciplinaires
ou interdisciplinaires, constitue le premier volet de
la stratégie du CNRS. Elle doit bien évidemment
être complétée par une stratégie d’organisation et
de moyens permettant de définir des priorités
d’action et de tirer le meilleur parti des potentialités
de l’organisme. La mise en œuvre de ces priorités
implique une politique de réforme des modes
d’organisation et d’action du CNRS, qui touche
tous ses domaines d’action : organisation interne,
partenariats, développement international et
régional, ouverture vers le monde socio-économique
et la société. Elle bénéficie du levier offert
au cours des dix prochaines années par le renouvellement
important des personnels du Centre.
Elle s’appuie également sur une volonté de responsabiliser
les acteurs internes et de déconcentrer
les modes d’organisation, en se fondant sur une
articulation efficace entre action et évaluation, de
façon à permettre à chaque niveau du Centre de
mettre en œuvre une stratégie scientifique et de
moyens cohérente. L’ensemble de ces objectifs
stratégiques peut être trouvé dans le Projet
d’Etablissement du CNRS. Nous nous limiterons
ici à traiter brièvement de deux enjeux importants,
déjà illustrés dans la cadre des sciences de l’environnement
: celui de l’espace européen de la
recherche, et celui des liens avec la société.
L’Europe offre, en effet, un espace géographique de
dimension adéquate, pour d’une part mobiliser les
ressources humaines, financières ou technologiques
nécessaires, et d’autre part parvenir à une meilleure
visibilité des recherches conduites. Elle est, en outre,
une réalité géostratégique et politique. Aujourd’hui,
l’enjeu pour le CNRS est de jouer un rôle structurant
dans la construction d’un espace européen de la
recherche, en s’appuyant sur les ouvertures récentes
faites par la Commission européenne, et en y intégrant
de façon déterminée la dimension de la
recherche fondamentale. Tout en sachant qu’une
telle construction ne se décrète pas et qu’elle ne
pourra se faire qu’à travers l’émergence de communautés
scientifiques européennes, elles-mêmes porteuses
de projets scientifiques. Dans ce contexte, la
stratégie européenne du CNRS est fondée non seulement
sur une participation active à la définition
des axes de recherche soutenus par les instances de
l’Union européenne, mais aussi sur l’intensification
des collaborations bilatérales et multilatérales avec
les organismes de recherche et les universités d’autres
pays, sur l’ouverture réciproque des grands programmes
de recherche nationaux, sur une concertation
accrue entre organismes de recherche, notamment
à travers la Fondation européenne de la
Science (ESF), et sur le renforcement des organes
de réflexion et de dialogue de la communauté
scientifique européenne elle-même. L’objectif à
moyen terme est la définition d’une politique
européenne de recherche qui dépasse les aspects
finalisés du Programme cadre de recherche et développement
et inclue l’ensemble de la recherche fondamentale.
Celle-ci doit s’accompagner, en tenant
compte de la diversité des modes d’organisation et
de gestion, de la mise en place d’un véritable «statut
» du chercheur européen. Ceci est affaire de
volonté politique.
Enfin, si la science est un facteur de production
conduisant à l’amélioration des conditions de vie et
de la santé, et engendrant de la richesse, elle est également
perçue aujourd’hui comme potentiellement
porteuse de risques. Face à cette évolution, le
CNRS ne peut se soustraire à sa responsabilité d’acteur
public du débat scientifique. En s’appuyant sur
sa capacité à mobiliser les chercheurs, notamment
en sciences de l’homme et de la société, en organisant
des lieux où puissent se développer de façon
utile les controverses scientifiques et en mobilisant
sa propre capacité d’expertise, le Centre doit créer
les conditions d’une meilleure réponse aux
demandes et aux besoins de la société par le développement
des sciences et des techniques. C’est
notamment en analysant les imbrications croissantes
entre la recherche et la société que l’organisme
contribuera à mieux faire percevoir la place de
la recherche fondamentale dans ce processus, et
saura répondre aux interrogations de la société,
qu’elles concernent la science et la culture, le positionnement
éthique ou le rôle de l’expertise.
Conclusion : préparer l'avenir
Dans leur très grande majorité, les acteurs de la
recherche sont aujourd’hui d’accord sur le fait
qu’il apparaît nécessaire de redéfinir leur rôle et
leurs modes d’action au sein du dispositif national
de recherche : partenariat entre organismes de
recherche et universités, articulation entre les
niveaux européen, national et régional, importance
d’une structuration nationale de la recherche,
partenariat avec les entreprises et place des systèmes
de financement privé de la recherche, identification
et levée des verrous qui empêchent
aujourd’hui les organismes de recherche de jouer
pleinement le jeu de l’interdisciplinarité et de la
construction européenne… Cette redéfinition
doit bien évidemment s’accompagner d’une
réflexion sur les moyens de la recherche, et notamment
sur la part relative des financements publics
et privés pour atteindre l’objectif moyen de 3% du
PIB, fixé pour l’Europe en 2010.
C’est dans cette voie, fondée sur une analyse stratégique
globale, que s’est engagé le CNRS, par la
redéfinition de ses priorités scientifiques autour
d’une science interdisciplinaire, la responsabilisation
de ces acteurs internes et la déconcentration de
ses modes d’organisation, l’ouverture à l’Europe,
aux régions, et au monde socio-économique, les
partenariats avec les établissements d’enseignement
supérieur et les organismes de recherche. Mais la
réussite de cette politique de réforme interne
implique également que la recherche retrouve un
niveau de priorité compatible avec le rôle majeur
qu’elle joue dans le développement économique,
social et culturel de notre pays et de l’Europe, et que
notre système de formation se mobilise également
autour de ces enjeux si l’on veut disposer demain du
vivier nécessaire. Ceci suppose un affichage politique
fort qui, seul, pourra redonner confiance dans
l’avenir de la recherche, aux acteurs de la recherche
eux-mêmes et aux jeunes générations appelées, pour
une part d’entre elles, à constituer la relève de notre
potentiel scientifique.