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Le Président de notre Association, Jean-Baptiste Donnet, a eu l’heureuse idée de consacrer ce numéro
du Bulletin à la publication des opinions de quelques-uns d’entre nous sur l’état présent de la recherche
en France. La presse quotidienne et périodique a publié à ce propos bon nombre d’articles qui ne portent
pas à l’optimisme. Mais l’auto-flagellation n’est pas plus acceptable que l’autosatisfaction. Il était
bon que quelques acteurs bien connus sur la scène de la recherche nous fassent part de leur opinion. Je
me joins à Jean-Baptiste Donnet en souhaitant que ces prises de position, énoncées avec clarté, suscitent
vos commentaires. |
Le temps qui passe nous a apporté une croissance abusive du poids administratif qu’il faut impérativement
délester. Le Comité National de la Recherche quant à lui est, en fait, plus un organe de gestion
interne, qu’un instrument de politique scientifique pour notre pays.
Et les crédits consacrés à la recherche, qui ont connu parfois quelques embellies appréciées, n’ont pas
l’ampleur qui leur est donnée dans les grands pays avancés. Chacun aura apprécié que le
Gouvernement vienne d’afficher la Recherche au nombre de ses six priorités. Puissent les aléas économiques
et budgétaires des temps à venir ne pas contrarier ces bonnes intentions ! Les 3 % mythiques du
PNB consacrés à la Recherche seront-ils un jour atteints ?
Mais les critiques les plus sévères portent plus souvent sur la qualité que sur la quantité. L’usage des
«indicateurs» n’est cependant pas toujours pratiqué sereinement. Les réflexions de Pierre Papon et Serge
Bauin à ce propos sont éclairantes.
Une restructuration de l’organisation de la recherche en France serait bienvenue. Les collègues qui s’expriment
dans ce Bulletin en sont d’accord, et particulièrement le Président du CNRS, Gérard Mégie. La
consolidation de l’Europe nous apporte aussi de nouvelles bases comparatives et coopératives. Nous ne
manquons pas d’outils européens pour travailler dans ce sens. G. Mégie cite, entre autres, la Fondation
Européenne de la Science, dont nous pourrions faire un plus grand usage, notamment dans les travaux
d’évaluation ou la définition de programmes européens ambitieux dans les secteurs émergents.
Les maîtres mots des discours modernes sur la recherche et la technologie sont : interdisciplinarité et
intégration. Le «génie des procédés» intègre les matériaux de la molécule à la production de masse, les
processus de la mécanique, à la thermodynamique, à la biologie et à l’informatique. Les tests de qualité
et de fiabilité des produits au traitement des sous-produits. A tous les stades, la recherche intervient. Elle
est même essentielle. Mais l’interdisciplinarité et l’intégration ne prennent toute leur force que si l’on
sait aussi cultiver «le cœur des disciplines». L’évaluation, dans ces perspectives, des travaux financés par
le CNRS n’est pas une tâche aisée, elle est cependant cruciale pour améliorer la qualité de la Recherche
et son image dans la Société.
Le CNRS est, certes, bien loin d’ignorer l’ardente nécessité d’une relation «concertante» entre les chercheurs
et le public. Il ne suffit pas seulement d’expliquer, il convient aussi d’écouter et de faire en sorte
que les interlocuteurs extérieurs se retrouvent peu ou prou dans les orientations choisies et dans les décisions
prises.
Chacun sait bien que la découverte ne peut fleurir que dans un climat de confiance et de grande liberté.
Chacun sait aussi qu’une recherche fructueuse ne peut se faire sans moyens, de plus en plus importants,
en hommes et en supports financiers. Nos concitoyens doivent pouvoir prendre la mesure de cet effort.
Quelques grands prêtres du prêchi-prêcha ironisent à l’occasion sur les «chercheurs qui ne trouvent guère».
Quelques va-t-en-guerre confirmés ont stigmatisé les "chercheurs en chaises longues". Leurs propos, lorsqu’ils
sont acides et acerbes, nous font mal. Mais nous ne devons pas, nous-mêmes, montrer trop de faiblesse
à motivation corporative à l’égard d’éventuels chercheurs déficients. Nous pouvons aider ceux de
nos collègues qui se sont trompés de vocation ou qui ont épuisé leur réserve d’enthousiasme à trouver des
issues valorisantes.
Dans le même temps, il convient d’assurer à nos jeunes collègues des moyens de travail et des perspectives
d’épanouissement et de responsabilité qui les incitent à ne pas prendre le large vers des rivages plus ou
moins lointains qui leur paraissent plus prometteurs.
Il est, en tout cas, grand temps de sortir du climat morose qui vient embrumer nos matins clairs.
Réformons courageusement ce qui doit l’être. Alors, les présents contempteurs de notre Recherche trouveront
des arguments pour nous aider en toute sérénité.