Voyage à Berlin : 7-12 septembre 2002

Arts et vie nous avait donné rendez-vous à Roissy, le samedi 7 septembre 2002, jour où les pilotes grévistes d’Air France avait fait annuler la moitié des vols. Heureusement, le nôtre était rescapé et nous avons pu, à l’heure prévue, atterrir dans cette capitale dont les tribulations subies depuis plus d’un demi siècle, nous faisaient augurer une visite passionnante. Ce fut, en effet, le cas. Nous fûmes accueillis pas Mme Hollen, notre guide, dont nous avons tous apprécié l’érudition, la clarté des exposés et la bonne humeur.

Première surprise : l’extrême fluidité de la circulation et la superbe architecture des Galeries Lafayette construites par Jean Nouvel et que les Berlinois se plaisent à visiter. Le lendemain, tour de ville en car, en n’oubliant pas que la ville a été détruite à 80% et que nous contemplons surtout des reconstructions et des rénovations :

  • le Reichstag, ancien parlement du Reich édifié fin XIXe par P. Wallot, partiellement détruit à la dernière guerre, rénové de 1957 à 1972 et dont la gigantesque coupole en verre et acier, symbole de la démocratie, érigée en 2000, repose sur un cône tapissé de 360 miroirs guidant la lumière jusqu’à l’hémicycle,
  • l’emplacement du Mur dont certaines parties, décorées par de nombreux artistes, sont conservées,
  • la Porte de Brandebourg malheureusement en cours de restauration,
  • la colonne de la Victoire dans le Tiergarten, gigantesque parc situé au cœur de Berlin, abritant un zoo et des aires de distraction variées pour les Berlinois, dont le naturisme et les emplacements pour barbecue. Au XVIe siècle c’était une réserve de chasse,
  • l’avenue Unter den Linden, partie située dans l’ex-RDA des Champs Elysées berlinois, principale artère animée de Berlin,
  • la Liebknechtstrasse avec ses immeubles rénovés et l’Alexanderplatz, véritable nœud de communication.
  • le Rathaus (Hôtel de Ville) tout en briques rouges et le minuscule quartier rénové qui, autour de l’église Saint Nikolaï, rappelle la vieille ville,
  • le quartier flambant neuf ultra moderne et en plein chantier qui contient la célèbre Philarmonie, construit par Scharoun, dont l’acoustique est la meilleure du monde. La ville est couverte d’affiches souhaitant la bienvenue à son nouveau chef d’orchestre, le séduisant Sir Martin Rattle.

    Après le déjeuner, nous découvrons le musée de Pergame et restons bouche bée devant l'autel de Pergame dont les volumes sont étonnants dans un musée. Cet autel de Zeus du IIe siècle avant J.-C. a été acheté par la Prusse, en 1878, au vizirat de Constantinople. Il faudra seize ans pour démonter et acheminer ses colonnes, ses dalles, ses sculptures et sa frise longue de 120 mètres ! Cette frise, considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de l’art hellénistique, représente des scènes du combat mythologique des dieux et des géants. Nous admirons ensuite l’impressionnante porte de l’Agora de Milet (IIe siècle après J.-C.) et un sol de mosaïques provenant d’une demeure de cette cité romaine. Construit de 1909 à 1930 pour abriter l’autel de Pergame, le musée accueille aussi la monumentale porte d’Ishtar de Babylone, construite par le roi Nabuchodonosor au VIe siècle avant J.-C. en l’honneur de la déesse babylonnienne de la guerre, ainsi qu’une somptueuse voie des processions.

    Le lundi, une architecte française installée à Berlin, nous fait visiter les artères de la ville qui présentent un intérêt architectural. Pour la reconstruction, la spécificité d’avant-guerre a été maintenue. Toutes les constructions nouvelles comportent une partie de commerces, de bureaux et d’habitations pour maintenir partout une vie de quartier. De même, a été conservée la structure des immeubles du quartier de Kreuzberg bâtis sur le système des cours successives comportant en façade, sur rue, un immeuble bourgeois puis des immeubles plus modestes et se terminant par des ateliers. Tout au plus, certaines bâtisses intermédiaires ont été détruites pour agrandir les cours transformées en jardins. Il existe beaucoup d’immeubles sociaux de belle facture dont certains sont réservés aux fonctionnaires. Leur entretien est facilité par leur système de gestion associant les locataires qui se réunissent fréquemment, y compris sur le plan amical, et veillent à signaler tous les incidents qui sont réparés rapidement. 70 % des Berlinois sont locataires et l’offre de logements (loyer moyen 5 euros le m2) est suffisante.

    Nous visitons ensuite le chantier de la Potsdamer Platz. Ce vaste emplacement de 63 hectares, anéanti le 3 février 1945 en 1 heure et demie de bombardement, à la limite pendant vingt huit ans des zones russe, américaine et britannique, ne fut qu’un vide urbain absolu traversé par le Mur avec sa double gangue de béton, ses champs de mines, son système de tir automatique et ses chiens de garde. Avant la seconde guerre mondiale, la Potsdamer Platz était le centre trépidant de Berlin. Quelques mois avant la réunification, Debis (filiale de services informatiques et financiers de Daimler-Benz) et Sony ont racheté l’essentiel du site. Depuis le 29 octobre 1994, 4000 ouvriers oeuvrent dans un va et vient incessant de camions. Potsdamer Platz est aujourd’hui le cœur du nouveau Berlin. Nous contemplons les gratteciel futuristes comportant une ventilation naturelle.

    Le quartier Sony d’une superficie de 26.500 m2 construit par Helmut Jahn est un gigantesque bloc de béton, de métal et de verre que ne traverse aucune rue. Réalisé entre 1996 et 2000, il comprend une surface brute bâtie de 132.500 m2 . Sept bâtiments sont groupés autour d’un forum ovale de 4.000 m2 éclairé en lumière du jour par un toit de fibre de verre en forme de tente. Transportés là sur coussins d’air et enfermés dans des parois de verre, les salons du vénérable hôtel Esplanade de 1911 sont vraiment anachroniques dans un tel décor.

    Le quartier Daimler-Benz réalisé par Renzo Piano et Christoph Kohlbecker, entre 1994 et 1998, sur une parcelle de 68.000 m2 , comprend une surface bâtie brute de 55.000 m2 . Piano a privilégié les couleurs terre pour les façades, la verdure sur les toits et un entrelacs de rues, de places et de cours dans le droit fil de la tradition européenne.

    Derrière le quartier Sony se trouve le Kulturforum édifié en RDA dès 1962. Hans Sharoun réalisa les plus belles réalisations architecturales de la ville, géniales d’audace et de simplicité. Autour de la Philarmonie se trouvent la galerie de peinture, le cabinet des estampes, la Bibliothèque nationale et le musée des arts décoratifs. Au cœur des grandes manœuvres que Berlin opère pour réunifier ses musées, le Forum de la culture regroupe une chaîne complète vouée à l’art européen.

    Nous visitons la galerie de peinture et ses inestimables trésors mis à l’abri pendant la guerre. Les 1350 tableaux réunis par les Grands électeurs et Frédéric le Grand, concernent la peinture allemande du XIIIe au XVIe siècle, la peinture néerlandaise et française du XIVe au XVIe siècle, la peinture flamande et hollandaise du XVIIe siècle, la peinture française, anglaise et allemande du XVIIIe siècle, la peinture italienne du XIIIe au XVIe siècle.

    Le mardi, nous nous rendons à Potsdam. Si le nom de Potsdam reste essentiellement attaché à la personnalité de Frédéric II et à son château de Sans-Souci, ce site fut, jusqu’en 1918, le lieu de villégiature des Hohenzollern, famille prussienne régnante. C’est également ici que s’est tenue, du 17 juillet au 2 août 1945, la conférence des chefs d’Etat alliés sur le sort de l’Allemagne vaincue, qui devait aboutir aux accords de Potsdam.

    Frédéric II (1712 - 1786), dit Frédéric le Grand, régna 46 ans sur la Prusse et en fit une grande puissance. Esprit libre, ami des arts et des idées nouvelles, Frédéric II aimait s’entourer d’artistes et philosophes de son époque. Voltaire vécut trois ans à Sans-Souci. En 1745, il fait poser la première pierre de son château d’été : le Sans-Souci. Il n’aura de cesse d’agrandir et d’embellir son domaine qu’il veut de réputation internationale. Tout au long de son règne, il restera fidèle au style rococo (frédéricien). Il repose sous une simple pierre tombale, entouré de celles de ses treize chiens favoris.

    Terminé en 1747, le château domine six terrasses palissées de vignes et de figuiers. C’est une construction à trois ailes d’un seul étage, surmontée d’une coupole basse. La façade est ornée de silènes et de bacchantes ainsi que d’angelots et de vases. Là, règne l’exubérance. L’intérieur du Sans- Souci (interdit au visiteur sans pantoufles !) ne manque pas, non plus, d’exubérance : colonnes de stuc rehaussées d’argent et d’or, plafonds peints, marbres colorés, tableaux de maîtres… Les pièces que nous visitons sont meublées luxueusement, ornées de tableaux de Pesne, Coypel, Van Loo.

    Le château de Cecilienhof, pastiche de manoir anglais inspiré du style Tudor, fut achevé en 1916. Une partie du château est consacrée au souvenir des accords de Potsdam et, en particulier, la salle de la signature et les bureaux de Churchill, Truman et Staline (ce dernier entièrement tapissé de rouge donne une impression assez sinistre). Le parc est riche de 400 espèces d’arbres et d’arbustes exotiques. Ce lieu de rêverie s’agrémente de bâtiments de fantaisie et de nombreuses statues mythologiques. La maison de thé chinoise est un charmant pavillon, «une chinoiserie», dont l’Europe baroque était si friande.

    Le mercredi, nous admirons au musée égyptien une fabuleuse collection dont les pièces essentielles proviennent de Tell-el-Amarna. Nous sommes particulièrement émus par le buste de Néfertiti, l’épouse d’Akhénaton. Ce buste servait probablement de modèle pour la réalisation des statues de la reine. Ceci expliquerait pourquoi l’œuvre resta inachevée : l’œil gauche ne fut paraît-il jamais implanté dans son orbite. Même ainsi, la reine est d’une étourdissante beauté. La minuscule tête de la reine Tiyi, grande épouse royale d’Aménophis III, nous fascine également. Sculptés dans du bois d’if, ses traits révèlent la flétrissure et l’amertume de l’âge ; nous sommes loin de la reine triomphante et superbe du musée du Caire...

    Jacqueline Paulin et Solange Dupont

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