Arts et vie nous avait donné rendez-vous à Roissy,
le samedi 7 septembre 2002, jour où les pilotes
grévistes d’Air France avait fait annuler la moitié
des vols. Heureusement, le nôtre était rescapé et
nous avons pu, à l’heure prévue, atterrir dans cette
capitale dont les tribulations subies depuis plus
d’un demi siècle, nous faisaient augurer une visite
passionnante. Ce fut, en effet, le cas. Nous fûmes
accueillis pas Mme Hollen, notre guide, dont
nous avons tous apprécié l’érudition, la clarté des
exposés et la bonne humeur.
Première surprise : l’extrême fluidité de la circulation
et la superbe architecture des Galeries
Lafayette construites par Jean Nouvel et que les
Berlinois se plaisent à visiter. Le lendemain, tour
de ville en car, en n’oubliant pas que la ville a été
détruite à 80% et que nous contemplons surtout
des reconstructions et des rénovations :
Après le déjeuner, nous découvrons le musée de
Pergame et restons bouche bée devant l'autel de
Pergame dont les volumes sont étonnants dans un
musée. Cet autel de Zeus du IIe siècle avant J.-C.
a été acheté par la Prusse, en 1878, au vizirat de
Constantinople. Il faudra seize ans pour démonter
et acheminer ses colonnes, ses dalles, ses sculptures
et sa frise longue de 120 mètres ! Cette frise, considérée
comme l’un des chefs-d’œuvre de l’art hellénistique,
représente des scènes du combat mythologique
des dieux et des géants. Nous admirons
ensuite l’impressionnante porte de l’Agora de
Milet (IIe siècle après J.-C.) et un sol de mosaïques
provenant d’une demeure de cette cité romaine.
Construit de 1909 à 1930 pour abriter l’autel de
Pergame, le musée accueille aussi la monumentale
porte d’Ishtar de Babylone, construite par le roi
Nabuchodonosor au VIe siècle avant J.-C. en
l’honneur de la déesse babylonnienne de la guerre,
ainsi qu’une somptueuse voie des processions.
Le lundi, une architecte française installée à
Berlin, nous fait visiter les artères de la ville qui
présentent un intérêt architectural. Pour la reconstruction,
la spécificité d’avant-guerre a été maintenue.
Toutes les constructions nouvelles comportent
une partie de commerces, de bureaux et d’habitations
pour maintenir partout une vie de quartier.
De même, a été conservée la structure des
immeubles du quartier de Kreuzberg bâtis sur le
système des cours successives comportant en façade,
sur rue, un immeuble bourgeois puis des
immeubles plus modestes et se terminant par des
ateliers. Tout au plus, certaines bâtisses intermédiaires
ont été détruites pour agrandir les cours
transformées en jardins. Il existe beaucoup d’immeubles
sociaux de belle facture dont certains sont
réservés aux fonctionnaires. Leur entretien est facilité
par leur système de gestion associant les locataires
qui se réunissent fréquemment, y compris
sur le plan amical, et veillent à signaler tous les
incidents qui sont réparés rapidement. 70 % des
Berlinois sont locataires et l’offre de logements
(loyer moyen 5 euros le m2) est suffisante.
Nous visitons ensuite le chantier de la Potsdamer
Platz. Ce vaste emplacement de 63 hectares,
anéanti le 3 février 1945 en 1 heure et demie de
bombardement, à la limite pendant vingt huit
ans des zones russe, américaine et britannique, ne
fut qu’un vide urbain absolu traversé par le Mur
avec sa double gangue de béton, ses champs de
mines, son système de tir automatique et ses
chiens de garde. Avant la seconde guerre mondiale,
la Potsdamer Platz était le centre trépidant
de Berlin. Quelques mois avant la réunification,
Debis (filiale de services informatiques et financiers
de Daimler-Benz) et Sony ont racheté l’essentiel
du site. Depuis le 29 octobre 1994, 4000
ouvriers oeuvrent dans un va et vient incessant de
camions. Potsdamer Platz est aujourd’hui le cœur
du nouveau Berlin. Nous contemplons les gratteciel
futuristes comportant une ventilation naturelle.
Le quartier Sony d’une superficie de 26.500 m2
construit par Helmut Jahn est un gigantesque bloc
de béton, de métal et de verre que ne traverse aucune
rue. Réalisé entre 1996 et 2000, il comprend une
surface brute bâtie de 132.500 m2 . Sept bâtiments
sont groupés autour d’un forum ovale de 4.000 m2
éclairé en lumière du jour par un toit de fibre de
verre en forme de tente. Transportés là sur coussins
d’air et enfermés dans des parois de verre, les salons
du vénérable hôtel Esplanade de 1911 sont vraiment
anachroniques dans un tel décor.
Le quartier Daimler-Benz réalisé par Renzo Piano
et Christoph Kohlbecker, entre 1994 et 1998, sur
une parcelle de 68.000 m2 , comprend une surface
bâtie brute de 55.000 m2 . Piano a privilégié les
couleurs terre pour les façades, la verdure sur les
toits et un entrelacs de rues, de places et de cours
dans le droit fil de la tradition européenne.
Derrière le quartier Sony se trouve le Kulturforum
édifié en RDA dès 1962. Hans Sharoun réalisa les
plus belles réalisations architecturales de la ville,
géniales d’audace et de simplicité. Autour de la
Philarmonie se trouvent la galerie de peinture, le
cabinet des estampes, la Bibliothèque nationale et
le musée des arts décoratifs. Au cœur des grandes
manœuvres que Berlin opère pour réunifier ses
musées, le Forum de la culture regroupe une chaîne
complète vouée à l’art européen.
Nous visitons la galerie de peinture et ses inestimables
trésors mis à l’abri pendant la guerre. Les
1350 tableaux réunis par les Grands électeurs et
Frédéric le Grand, concernent la peinture allemande
du XIIIe au XVIe siècle, la peinture néerlandaise et
française du XIVe au XVIe siècle, la peinture flamande
et hollandaise du XVIIe siècle, la peinture française,
anglaise et allemande du XVIIIe siècle, la peinture
italienne du XIIIe au XVIe siècle.
Le mardi, nous nous rendons à Potsdam. Si le
nom de Potsdam reste essentiellement attaché à la
personnalité de Frédéric II et à son château de
Sans-Souci, ce site fut, jusqu’en 1918, le lieu de
villégiature des Hohenzollern, famille prussienne
régnante. C’est également ici que s’est tenue, du
17 juillet au 2 août 1945, la conférence des chefs
d’Etat alliés sur le sort de l’Allemagne vaincue, qui
devait aboutir aux accords de Potsdam.
Frédéric II (1712 - 1786), dit Frédéric le Grand,
régna 46 ans sur la Prusse et en fit une grande
puissance. Esprit libre, ami des arts et des idées
nouvelles, Frédéric II aimait s’entourer d’artistes et
philosophes de son époque. Voltaire vécut trois
ans à Sans-Souci. En 1745, il fait poser la première
pierre de son château d’été : le Sans-Souci. Il
n’aura de cesse d’agrandir et d’embellir son domaine
qu’il veut de réputation internationale. Tout au
long de son règne, il restera fidèle au style rococo
(frédéricien). Il repose sous une simple pierre tombale,
entouré de celles de ses treize chiens favoris.
Terminé en 1747, le château domine six terrasses
palissées de vignes et de figuiers. C’est une
construction à trois ailes d’un seul étage, surmontée
d’une coupole basse. La façade est ornée de
silènes et de bacchantes ainsi que d’angelots et de
vases. Là, règne l’exubérance. L’intérieur du Sans-
Souci (interdit au visiteur sans pantoufles !) ne
manque pas, non plus, d’exubérance : colonnes de
stuc rehaussées d’argent et d’or, plafonds peints,
marbres colorés, tableaux de maîtres… Les pièces
que nous visitons sont meublées luxueusement,
ornées de tableaux de Pesne, Coypel, Van Loo.
Le château de Cecilienhof, pastiche de manoir
anglais inspiré du style Tudor, fut achevé en 1916.
Une partie du château est consacrée au souvenir
des accords de Potsdam et, en particulier, la salle
de la signature et les bureaux de Churchill,
Truman et Staline (ce dernier entièrement tapissé
de rouge donne une impression assez sinistre). Le
parc est riche de 400 espèces d’arbres et d’arbustes
exotiques. Ce lieu de rêverie s’agrémente de bâtiments
de fantaisie et de nombreuses statues
mythologiques. La maison de thé chinoise est un
charmant pavillon, «une chinoiserie», dont
l’Europe baroque était si friande.
Le mercredi, nous admirons au musée égyptien
une fabuleuse collection dont les pièces essentielles
proviennent de Tell-el-Amarna. Nous sommes
particulièrement émus par le buste de Néfertiti,
l’épouse d’Akhénaton. Ce buste servait probablement
de modèle pour la réalisation des statues de
la reine. Ceci expliquerait pourquoi l’œuvre resta
inachevée : l’œil gauche ne fut paraît-il jamais
implanté dans son orbite. Même ainsi, la reine est
d’une étourdissante beauté. La minuscule tête de
la reine Tiyi, grande épouse royale d’Aménophis
III, nous fascine également. Sculptés dans du bois
d’if, ses traits révèlent la flétrissure et l’amertume
de l’âge ; nous sommes loin de la reine triomphante
et superbe du musée du Caire...
Jacqueline Paulin et Solange Dupont
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