21 novembre 2006 : Un exemple de coopération entre la Chine et la France : le Programme de recherche avancée

Complexe et souvent incompréhensible aux occidentaux, la Chine, pays-continent, a derrière elle plus de deux millénaires en tant qu'Etat organisé et près de quatre sur le plan culturel, avec les enseignements majeurs que furent ceux de Confucius (Maître Kong), de Laozi (ou Lao Tseu et le taoïsme), puis d'une forme sinisée du bouddhisme. Très différents des concepts de base sur lesquels s'appuie la civilisation occidentale, selon lesquels le sage doit se garder de vouloir en même temps une chose et son contraire (Aristote notamment), les concepts de la culture chinoise amènent à associer de façon harmonieuse des contraires qui deviennent en fait des compléments. Le Yin et le Yang en sont l'exemple emblématique. Si la Chine apparaît en premier examen riche en contradictions, il y règne en fait une certaine cohérence, avec des comportements souvent choquants à nos yeux, mais très bien acceptés au regard de la culture d'Extrême-Orient. Et d'une grande efficacité sur le plan du collectif même si, parfois, nous faisons des réserves quant au traitement réservé à l'individu. La coexistence actuelle d'un parti unique très autoritaire au pouvoir et du libéralisme le plus échevelé en économie est difficile à imaginer en Europe. Mais, à l'évidence, cela marche. Il va sans dire que la devise de la République française est totalement étrangère à ce système.

Tantôt tigre aux dents longues, responsable en partie des difficultés de nombreux secteurs d'activité en Occident et dans le Tiers monde, tantôt pays en développement encore loin de nos critères de qualité de vie et de liberté individuelle, la Chine est victime de nombre d'idées reçues. Si ces difficultés sont réelles, mieux connaître un partenaire devenu incontournable et qui devient de façon inexorable une super-puissance à l'échelle mondiale est une nécessité vitale pour notre avenir, sans oublier le très grand intérêt de la culture chinoise que les aléas de la deuxième partie du XXe siècle ne sont heureusement pas parvenus à éradiquer et qui revit brillamment. La meilleure façon de se connaître étant de coopérer entre partenaires placés sur le même pied, les gouvernements français successifs ont été à l'avantgarde de ce partenariat depuis la reconnaissance en 1963 par le Général de Gaulle de l'Etat chinois, ce dont les Chinois gardent encore de nos jours un souvenir reconnaissant.

La coopération scientifique entre la France et la Chine a donné lieu dès 1978 au premier accord avec un pays occidental. Des contacts de plus en plus nombreux se sont développés tout au long des années 80. Ils se sont traduits par la création en 1992, sous l'égide de Hubert Curien, alors ministre en charge de la recherche, et de son collègue chinois, d'un programme de coopération intitulé «Programme de recherche avancée France-Chine» (PRA), financé à parité par les deux gouvernements. Ce programme est co-présidé par un président français et un président chinois, qui sont entourés d'un bureau auquel participent notamment les responsables scientifiques de thème, spécialistes reconnus. L'opérateur français désigné alors fut l'Association Franco-Chinoise pour la recherche scientifique et technique. Un appel annuel à proposition de recherche est lancé, devant associer une équipe de recherche (parfois plusieurs) de chaque pays. Le Comité de pilotage du PRA se réunit alternativement à Paris et à Pékin pour choisir les programmes à soutenir (31 en 2005 sur 169 propositions) sous forme de la prise en charge des frais de transport et de séjour des chercheurs dans le pays partenaire. Ce comité définit aussi la stratégie de coopération et décide les colloques scientifiques de bilan à organiser. En France, la tutelle et le financement sont assurés conjointement par le ministère des Affaires étrangères et le ministère en charge de la Recherche. Il est soutenu en Chine par le Ministry of Science and Technology.

La coopération dans le cadre du PRA a débuté sur trois thèmes : biologie-médecine, environnement et mathématiques-informatique, pour s'élargir ensuite aux matériaux, aux biotechnologies et aux sciences de la Terre. Le mode de fonctionnement par appel à propositions était étranger aux habitudes des Chinois, mais ils en ont rapidement apprécié les avantages pour souvent le donner en exemple. A ce jour, 381 coopérations bilatérales relient près de 800 laboratoires. Bien que ces laboratoires soient situés aux deux extrêmes du continent eurasiatique, les coopérations se révèlent souvent durables et donnent lieu à de nombreuses publications dans les revues les plus prestigieuses. Des réseaux de recherche bilatéraux et des laboratoires binationaux sont issus de ces coopérations. Nombre d'amitiés en sont nées.

Mais, pour rester réalistes, il ne faut pas oublier qu'à l'échelle de la Chine, la France a la superficie et la population d'une de ses provinces. Le PNB chinois vient de dépasser celui de la France et progresse beaucoup plus rapidement. Les Chinois travaillent beaucoup, ont maintenant de multiples compétences, beaucoup d'ambitions. Il est essentiel de garder avec eux des relations privilégiées en bénéficiant du préjugé favorable à notre pays pour son approche multilatérale des relations internationales, sa culture, l'élégance de ses produits et pour ses technologies parmi les plus avancées dans certains domaines. Il faut aussi avoir conscience de l'agacement provoqué par notre arrogance à nous croire suffisamment meilleurs pour garder encore longtemps notre avance sur eux en travaillant beaucoup moins. Enfin, pour eux, le bon niveau de partenariat est désormais plutôt l'Union européenne qu'un des ses membres pris isolément.

Gérard Beck
Directeur de recherche émérite au CNRS
LSG2M CNRS-Ecole des mines de Nancy
Président d'honneur du Programme de recherche avancée France-Chine
Président d'honneur de l'Association Franco-Chinoise pour la recherche scientifique et technique


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