Escapade bourguignonne à Aloxe-Corton, Beaune et Dijon - 2 et 3 juin 2009

Attirée par les splendeurs de la Bourgogne et réchauffée par des journées de printemps très ensoleillées, notre « caravane », composée d’une vingtaine de Lorrains, fit une première étape dans le charmant village d’Aloxe-Corton (prononcer Alosse-Corton).

Quatre collègues bourguignons nous attendaient déjà, devant la cuverie « Corton-Grancey », pour la visite commentée du Domaine Louis Latour, entreprise familiale depuis plus de 200 ans. Le château construit en 1749, la cuverie et les 17 ha de vignes furent achetés au Comte de Grancey, alors Président du Parlement de Bourgogne, à la fin du XIXe siècle lors de l’apparition du phylloxéra. La cuverie achetée en 1832 reste encore la plus ancienne en fonctionnement aujourd’hui. Encastrée dans la colline de Corton et conçue de manière à faire circuler le vin par gravité, elle représente le lieu unique de vinifi- cation et de vieillissement de tous les vins blancs et rouges du Domaine.

Sous la conduite du régisseur Denis Fetzmann et de son adjoint et futur successeur Boris Champy, au milieu des vignes, sites en permanente activité, de nombreuses informations nous ont été détaillées, relatives aux pratiques de l’agriculture raisonnée liée au respect de l’environnement et des ressources naturelles du terroir. En 1996, le Domaine Latour a intégré le réseau des fermes Farre (forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environ-nement). Les méthodes utilisées sont aussi biologiques que possibles, dans le respect de l’excellence naturelle.

Pour atteindre ces buts, des collaborations sont menées avec les laboratoires de la recherche publique tant au niveau de la biodiversité naturelle que de la défense et de la sauvegarde des « climats » des vignobles bourguignons.

D’après le professeur Jacky Rigaux, de l’Université de Bourgogne, on doit la création de ces « climats » aux moines-vignerons bénédictins qui se sont implantés sur la Côte viticole bourguignonne dès la chute de l’Empire Romain en 476. Ils classèrent ainsi les différentes parcelles en reconnaissant déjà l’importance des paramètres sol, température, pluviométrie, vents, courants d’air, méso et micro-climats, … dans la délimitation des parcelles.

Seuls les « climats » les plus qualitatifs sont reconnus de longue date, aptes à générer un vin qui porte leur nom (Chambertin, Corton Charlemagne, Richebourg, …).

C’est pour la défense de ces caractéristiques naturelles uniques et exceptionnelles que l’inscription au patrimoine de l’Unesco est demandée pour ces « climats » bourguignons.

Si la nécessité de l’innovation est bien présente, pour toutes les étapes de la vigne et du vin, elle ne doit pas occulter la responsabilité historique et le respect des pratiques ancestrales de qualité. Au moment de la très riche dégustation de différents crus, dans les caves du Domaine Latour et au cours de notre déjeuner au Domaine Comte Senard voisin, Jacky Rigaux nous délivra un véritable cours magistral sur la dégustation géosensorielle du gourmet, en insistant notamment sur les enjeux culturels majeurs des plaisirs de la table et sur la découverte de l’originalité viticole bourguignonne.

A proximité immédiate des grands crus célèbres mondialement, nous ne pouvions pas éviter la ville de Beaune, cité d’art et d’histoire, berceau de l’aventure spirituelle, culturelle et économique d’une région. On y retrouve toute l’histoire de l’architecture religieuse bourguignonne du XIIe au XVIe siècle dans un ensemble où domine le style roman. Nous n’oublierons pas les fameux « Hospices », somptueuse architecture dédiée à la vie hospitalière et le Musée de l’Hôtel-Dieu, intitulé le « palais des pauvres » par son créateur Nicolas Rolin. Cet édifice remarquable représente le plus beau monument de la Renaissance bourguignonne.

Notre court séjour s’est prolongé par la visite, ou la découverte pour certains, du très riche patrimoine culturel et architectural du centre ville de Dijon, la « ville aux cent clochers », capitale des Ducs de Bourgogne. Autour de l’Ancien Palais Ducal, les rues piétonnes regorgent de maisons et hôtels particuliers des XVe et XVIe siècles.

Le temps fort de notre passage dijonnais restera la visite, richement et agréablement commentée par notre guide, du Musée des beaux-arts. Malgré les importants travaux de rénovation de ce musée en cours et dont l’achèvement est prévu en 2012, nous avons pu mesurer et apprécier la richesse et la qualité de ses collections depuis l’Antiquité jusqu’au XXe siècle, sans oublier les illustres tombeaux des Ducs de Bourgogne à l’Histoire si tourmentée. Depuis sa genèse en 1787, avant le Louvre, et sa création, le musée est installé dans le prestigieux palais des Ducs et des Etats de Bourgogne que partage aussi aujourd’hui la mairie de la ville.

Pour la première fois en France, certains collègues ont pu visiter également l’exposition temporaire intitulée « Fauves hongrois, la leçon de Matisse » couvrant la période de 1904 à 1914. Cette exposition exceptionnelle propose un dialogue inédit entre le fauvisme hongrois et son modèle français.

Les échanges culturels et amicaux se sont poursuivis, en goûtant à la gastronomie dijonnaise, entre les collègues lorrains et bourguignons, dans le cadre très agréable du centre ville. Nous tenons à remercier tout particulièrement Francis Andreux et Thérèse Choné pour leur gentillesse pendant notre séjour et l’aide apportée à notre découverte des travaux scientifiques menés en collaboration avec les « grands vignerons » de la Côte de Beaune et les laboratoires de l’Université de Bourgogne.

Bernard Maudinas

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