Attirée par les splendeurs de la Bourgogne et
réchauffée par des journées de printemps très
ensoleillées, notre « caravane », composée d’une
vingtaine de Lorrains, fit une première étape dans
le charmant village d’Aloxe-Corton (prononcer
Alosse-Corton).
Quatre collègues bourguignons nous attendaient
déjà, devant la cuverie « Corton-Grancey », pour la
visite commentée du Domaine Louis Latour, entreprise
familiale depuis plus de 200 ans. Le château
construit en 1749, la cuverie et les 17 ha de vignes
furent achetés au Comte de Grancey, alors Président
du Parlement de Bourgogne, à la fin du XIXe siècle
lors de l’apparition du phylloxéra. La cuverie achetée
en 1832 reste encore la plus ancienne en fonctionnement
aujourd’hui. Encastrée dans la colline de
Corton et conçue de manière à faire circuler le vin
par gravité, elle représente le lieu unique de vinifi-
cation et de vieillissement de tous les vins blancs et
rouges du Domaine.
Sous la conduite du régisseur Denis Fetzmann et de
son adjoint et futur successeur Boris Champy, au
milieu des vignes, sites en permanente activité, de
nombreuses informations nous ont été détaillées,
relatives aux pratiques de l’agriculture raisonnée
liée au respect de l’environnement et des ressources
naturelles du terroir. En 1996, le Domaine Latour a
intégré le réseau des fermes Farre (forum de l’agriculture
raisonnée respectueuse de l’environ-nement).
Les méthodes utilisées sont aussi biologiques que
possibles, dans le respect de l’excellence naturelle.
Pour atteindre ces buts, des collaborations sont
menées avec les laboratoires de la recherche publique
tant au niveau de la biodiversité naturelle que
de la défense et de la sauvegarde des « climats » des
vignobles bourguignons.
D’après le professeur Jacky Rigaux, de l’Université de
Bourgogne, on doit la création de ces « climats » aux
moines-vignerons bénédictins qui se sont implantés
sur la Côte viticole bourguignonne dès la chute
de l’Empire Romain en 476. Ils classèrent ainsi les
différentes parcelles en reconnaissant déjà l’importance
des paramètres sol, température, pluviométrie,
vents, courants d’air, méso et micro-climats, … dans
la délimitation des parcelles.
Seuls les « climats » les plus qualitatifs sont reconnus
de longue date, aptes à générer un vin qui
porte leur nom (Chambertin, Corton Charlemagne,
Richebourg, …).
C’est pour la défense de ces caractéristiques naturelles
uniques et exceptionnelles que l’inscription
au patrimoine de l’Unesco est demandée pour ces
« climats » bourguignons.
Si la nécessité de l’innovation est bien présente,
pour toutes les étapes de la vigne et du vin, elle
ne doit pas occulter la responsabilité historique et
le respect des pratiques ancestrales de qualité. Au
moment de la très riche dégustation de différents
crus, dans les caves du Domaine Latour et au cours
de notre déjeuner au Domaine Comte Senard voisin,
Jacky Rigaux nous délivra un véritable cours
magistral sur la dégustation géosensorielle du gourmet,
en insistant notamment sur les enjeux culturels
majeurs des plaisirs de la table et sur la découverte
de l’originalité viticole bourguignonne.
A proximité immédiate des grands crus célèbres
mondialement, nous ne pouvions pas éviter la
ville de Beaune, cité d’art et d’histoire, berceau
de l’aventure spirituelle, culturelle et économique
d’une région. On y retrouve toute l’histoire de l’architecture
religieuse bourguignonne du XIIe au XVIe
siècle dans un ensemble où domine le style roman.
Nous n’oublierons pas les fameux « Hospices »,
somptueuse architecture dédiée à la vie hospitalière
et le Musée de l’Hôtel-Dieu, intitulé le « palais des
pauvres » par son créateur Nicolas Rolin. Cet édifice
remarquable représente le plus beau monument de
la Renaissance bourguignonne.
Notre court séjour s’est prolongé par la visite, ou la
découverte pour certains, du très riche patrimoine
culturel et architectural du centre ville de Dijon,
la « ville aux cent clochers », capitale des Ducs de
Bourgogne. Autour de l’Ancien Palais Ducal, les rues
piétonnes regorgent de maisons et hôtels particuliers
des XVe et XVIe siècles.
Le temps fort de notre passage dijonnais restera la
visite, richement et agréablement commentée par
notre guide, du Musée des beaux-arts. Malgré les
importants travaux de rénovation de ce musée en
cours et dont l’achèvement est prévu en 2012, nous
avons pu mesurer et apprécier la richesse et la qualité
de ses collections depuis l’Antiquité jusqu’au XXe
siècle, sans oublier les illustres tombeaux des Ducs
de Bourgogne à l’Histoire si tourmentée. Depuis
sa genèse en 1787, avant le Louvre, et sa création,
le musée est installé dans le prestigieux palais des
Ducs et des Etats de Bourgogne que partage aussi
aujourd’hui la mairie de la ville.
Pour la première fois en France, certains collègues
ont pu visiter également l’exposition temporaire
intitulée « Fauves hongrois, la leçon de Matisse »
couvrant la période de 1904 à 1914. Cette exposition
exceptionnelle propose un dialogue inédit
entre le fauvisme hongrois et son modèle français.
Les échanges culturels et amicaux se sont poursuivis,
en goûtant à la gastronomie dijonnaise, entre
les collègues lorrains et bourguignons, dans le
cadre très agréable du centre ville. Nous tenons à
remercier tout particulièrement Francis Andreux et
Thérèse Choné pour leur gentillesse pendant notre
séjour et l’aide apportée à notre découverte des
travaux scientifiques menés en collaboration avec
les « grands vignerons » de la Côte de Beaune et les
laboratoires de l’Université de Bourgogne.
Bernard Maudinas
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