Voyage en Afrique du Sud

10 - 25 octobre 2002

Après 14 heures de vol depuis Amsterdam, notre groupe de 25 personnes arrive au Cap, sans décalage horaire, en plein printemps, sous le tropique du Capricorne.

La ville est dominée par les 1087 mètres d’altitude de la «montagne de la table», énorme masse de schiste, de granit et de grès, au sommet aplati. Nous ne ferons qu’apercevoir les célèbres townships trop dangereuses pour être visitées par les touristes. Nous sommes étonnés par le modernisme environnant ; les infrastructures sont, en effet, d’excellente qualité : de nombreux aéroports et quatre grands ports en activité dont le premier est Durban et le second Krysna. Le réseau routier est bien entretenu.

Grâce à son climat, les terres sont fertiles : l’agriculture qui procure canne à sucre, maïs et vignobles, assure l’autosuffisance du pays qui, en outre, est parmi les premiers producteurs de vin. Les richesses minières (or, platine, diamants, uranium …) représentent 70 % des exportations. La médecine est d’un très bon niveau. Rappelonsnous qu’en 1967 le docteur Christian Barnard réussissait, au Cap, la première transplantation d’un cœur humain.

L’Afrique du Sud est une république parlementaire dirigée, depuis 1999, par Taabo M’Beki, successeur de Nelson Mandela dotée de trois capitales : Le Cap (législative), Prétoria (administrative), Bloemfontein (judiciaire). La population de 41 millions d’habitants se répartie sur 1.221.037 km2.

Issus d’une histoire conflictuelle, les Sud-Africains manquent aujourd’hui d’une identité collective. Avec les onze langues officielles reconnues depuis 1994 (9 bantoues, puis l’anglais et l’afrikaans), ils sont divisés en quatre groupes en majorité protestante :

  • Les Noirs (70%) appartiennent à la grande famille linguistique bantoue dont les Zoulous représentent le groupe le plus important. Leur origine remonte à 30.000 ans : les Bochimans appelés aujourd’hui les Bushmen puis, vers 8.000 ans av. J.-C., les Hottentots (ces deux peuples aujourd’hui n’en font qu’un : les Khoisans). La loi de 1950 isole définitivement les cités noires des villes blanches : c’est la création des townships dont la plus connue est Soweto, avec ses 3 millions d’habitants. En 1991, les dernières lois qui fondaient l’apartheid furent abrogées.

  • Les Blancs (18%) sont issus des premiers colons européens qui s’installèrent dans ce pays : les Hollandais en 1652, sous la conduite de Jan van Riebeeck, un groupe de huguenots français (200 familles) qui fuient les persécutions liées à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 et fondent des domaines viticoles ; à partir de 1680, l’immigration européenne fut vivement encouragée (Allemands, Suédois, Danois et Suisses).

    Certains colons n’acceptèrent ni le contrôle hollandais, ni l’autorité des Anglais et quittèrent la province du Cap : ce sont les Trekboers (fermiers pionniers) ou Boers. Ils abandonnèrent progressivement leur langue d’origine au profit de l’afrikaans qui devint, en 1923, avec l’anglais, la seconde langue officielle, parlée actuellement par 18% de la population. Ils se baptisèrent Afrikaners.

  • Les Métis (9%), produit de l’union des Hollandais, d’abord avec les femmes hottentotes, puis avec les esclaves importés du Mozambique, de l’Indonésie et de Madagascar, ont aujourd’hui réussi leur émancipation.

  • Les Indiens (3%), attirés par les cultures sucrières et le commerce local, immigrèrent au cours de la seconde moitié du XIXe siècle ; ils furent menacés d’expulsion par les commerçants anglais craignant leur concurrence. En 1893, Gandhi débarqua à Durban et resta 21 ans en Afrique du Sud pour y défendre sa communauté. Ses principes de non-violence furent à l’origine de la campagne de désobéissance civile de Nelson Mandela, visant à transgresser les lois politiques de l’apartheid.

    Ces quelques bases historiques et démographiques établies, nécessaires à la compréhension de ce vaste pays, nous pouvons maintenant le parcourir pour en admirer les multiples facettes.

    Nous sillonnerons la péninsule du Cap, descendrons jusqu’au Cap de Bonne Espérance, longerons l’Océan Indien, prendrons l’avion à Port-Elisabeth jusqu’à Durban d’où, en direction du nord, nous traverserons le Kwazulu-Natal pour nous rendre à Hluhluwe au cœur du Zululand, puis au Swaziland et son célèbre parc Kruger. Notre route panoramique serpentera vers l’ouest à 1.200 mètres d’altitude à travers les sapins, longera le Drakensberg vers Blyde River Canyon et ses magnifiques formations rocheuses «les Rondavels» et nous arrêtera à Pretoria ; nous y prendrons un nouvel avion pour la Zambie, dernière étape de notre merveilleux périple.

    Durant tout notre circuit, nous dégusterons des vins au nom français récoltés sur place, notamment à Stellenbosch, cœur de la régions des vignobles : pinot noir, cabernet, sauvignon, chardonnet, riesling … Ses maisons blanches aux toits de chaume, de style hollandais, nous séduisent. Son artère principale est ombragée d’immenses chênes centenaires. Son université fut l’un des premiers établissements supérieurs à diffuser son enseignement en langue afrikaans.

    A quelques kilomètres de là, nous nous rendons à Franschhoek, le «coin des Français» qui doit sa réputation à l’implantation massive des huguenots, en 1688. Un musée retrace l’histoire, dans notre langue, de cette communauté.

    Dans le jardin, nous sommes entourés de fleurs aux longues tiges duveteuses, aux pétales pulpeux, rouges, roses, blancs, autour d’un gros cœur doré : ce sont les Protéas, devenues emblème national. Elles font partie de la famille des Fynbos. Nous constatons au fil des jours que l’Afrique du Sud est un vaste jardin protégé avec passion par les botanistes du monde entier : ils demandent que cette flore soit reconnue «réserve de la biosphère».

    La région semi-désertique du Petit Karoo, irriguée de nombreuses rivières, favorise les plantations de luzerne, blé et maïs. Un ensoleillement généreux et des pluies abondantes facilitent la culture des fruits tropicaux et de la canne à sucre dans la région de Durban.

    Le Swazilandd abrite une végétation abondante : c’est la pleine saison en ce moment des lauriers roses, des merveilleux jacarandas couverts de fleurs bleues. La récolte des bananes domine ici. Sur la route en direction de Pretoria, la savane déploie ses étendues de terres désolées où quelques baobabs tendent vers le ciel leurs branches noires et calcinées.

    Les zones en altitude, notamment dans le Drakensberg, présentent une végétation afromontagnarde, caractérisée par de vastes prairies où se sont adaptées des variétés de bruyères, d’immortelles multicolores qui éblouissent nos regards. Chemin faisant à travers toutes ces régions, nous avons rendu visite dans la province du Cap à nos sympathiques amis, les manchots, désemparés par la perte de leurs nids qu’une récente tempête a dévastés, admiré d’innombrables otaries qui se prélassent, luisantes statues de bronze sur leur île, observé des baleines dont de jeunes mères viennent à 10 mètres de la plage avec leur bébé. Dans le Petit Karoo, nous avons chevauché des autruches dont nous avons dégusté la viande succulente et les œufs énormes.

    A partir d’Hluhluwe commencent nos safaris (nous en ferons trois en car, trois en 4x4 ouverts à tous vents).

    Nous observerons de près ou de loin des éléphants, des troupeaux de gnous noirs à l’allure préhistorique, des impalas (antilopes rousses) tellement nombreux que nous nous en lasserons, des rhinocéros (noirs ou blancs selon que leur bouche est longue ou large), des buffles réputés dangereux, des crocodiles dormant dans un cours d’eau sous la terrasse où nous déjeunons, des zèbres tricolores, des oiseaux (de grands calaos noirs, des rapaces, de jolis merles métalliques effrontés, des pintades huppées, des marabouts noirs et blancs immobiles…), des hippopotames, des girafes longues et prétentieuses ; un léopard se dissimule dans les herbes au pied d’un arbre, un autre se repose à califourchon sur une branche, pattes et queue pendantes. Et partout, défilant, jouant ou se battant des singes, des grands et des petits. Le soir à la nuit tombante, le clou de notre voyage, juste devant le capot de notre 4x4, un couple de lions : le mâle dort, repu du gnou apporté par sa femelle dont c’est maintenant le tour, sans s’occuper de nous, de dévorer à pleines dents les lambeaux de chair de sa victime.

    Enfin, dernière étape de notre voyage : la Zambie (ancienne Rhodésie) où nous nous reposerons pendant deux jours avant de regagner Paris. Une déception : les célèbres chutes que nous devions admirer se réduisent, en fait, à cause de la sécheresse, à de maigres torrents. Mais le voyage fut si varié, si heureux, que nous en plaisantons...

    Monique Berroyer

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